Izia – Izia

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1986
Le jour où j’ai reçu l’album et en dépit d’un esprit délibérément défricheur, j’avoue que je ne connaissais aucunement cette artiste. J’ai alors mis le disque dans ma platine et trois morceaux après, j’étais dans les cordes, vaincu et conquis pas l’énergie et les morceaux explosifs de cette jeune dame de dix-huit ans, fille, est-il besoin de le rappeler, de Jacques Higelin.
Douze bourrasques rock’n’roll sur lesquelles souffle un esprit tantôt soul, tantôt bluesy ou funky, mais la plupart du temps très brutes, très spontanées, à l’image de leur génitrice, et immanquablement inspirées, vous explosent à la face sans crier gare, ou plutôt en le criant d’ une voix époustouflante, et font de ce disque l’un des incontournables de cette année 2009. Rythmes appuyés, voix furibarde, à la fois sensuelle et délicieusement braillarde, guitares cinglantes sachant aussi se faire plus “posées” s’assemblent et s’entrechoquent, portés par un esprit bouillonnant et électrique, et débouchent donc sur des morceaux aboutis, dont aucun n’affiche la moindre faiblesse.
Ca débute avec un “Back in town ” au riff façon Angus qui succède à une intro trompeuse dans le sens où elle amène l’auditeur à s’attendre à un titre serein. Il n’en est rien et Izia, du haut de son insouciance et de sa vigueur, avec le culot d’une jeunesse qui n’a de jeunesse, sur le plan musisal, que le nom tant elle affiche une maturité détonnante, fait de ce titre une bombe rock’n’roll massive, habilement tempérée par de courts breaks et mise en valeur par un solo bluesy mémorable. Avec en plus de cela cet organe vocal digne des plus grandes (on citera Janis pour la profondeur et Beth Ditto pour cette énergie débridée), on tient là un début d’album idéal, assez représentatif, d’ailleurs, du contenu général.
A peine remis de ce choc initial, “Lola” nous assène la seconde salve et taille à vif dans un rock saignant, fonceur et sans fioritures, puis “The train“, plus direct encore, pour lequel j’avoue une préférence (si tant est que l’on puisse parler ici de “préférence” tant chaque morceau captive et incite à une danse éffreinée), dotée de riffs une fois de plus énormes et porté par une rythmique véloce et au taquet, nous met définitivement à genoux, autant pour s’avouer vaincu que par “soumission” envers cette musique vivace et irrésistible.
Arrive ensuite un “Hey bitch” dans la même veine et là, au bout de tout juste quatre titres, on se dit et on comprend que les huit morceaux suivants seront du même accabit, ce que confirme “Let me alone” et son intro sous-tendue par une puissance rock sous-jacente. Ce titre est une merveille savamment construite, qui monte en intensité pour atteindre une certaine…intensité et se voit ensuite relancé plein pot par une batterie percutante et ces guitares, une fois encore, divines.
Suite à ce régal, “Blind” et ses accents funk trempés dans le rock frontal de la demoiselle nous montre que même dans un registre plus “tempéré”, celle-ci garde en elle une certaine tension, j’en veux pour preuve l’envolée électrique qui ponctue ce morceau, et est bien évidemment capable du meilleur.
Il est d’ailleurs à noter qu’Izia écrit depuis l’âge de treize ans (deux des morceaux du disque ont été écrits à cet âge), a arrêté l’école à quinze ans (à l’écoute, on ne peut que l’en féliciter et l’approuver pour cela) et gère ce groupe depuis l’âge de seize ans; voilà pour la petite “histoire de vie”, à l’issue de laquelle on saisit peut-être mieux la maturité affichée par cette demoiselle désarmante de naturel et de sincérité, qui avoue fonctionner “à l’instinct”, celui-ci engendrant, dans le cas de ce disque, le plus probant des résultats.
Burning” le bien nommé, qui inaugure la seconde partie d’album, illustrera bien mes propos; puissant, incoercible, ce titre est une tuerie, à l’image du “Life is going down” qui suit. Ici, Izia impose une intro délicate, vocalement impressionnante, pour ensuite monter en puissance et partir dans une embardée rock à nouveau direct et jouissive qu’elle breake avec à-propos avant de repartir de plus belle.
Puis “The light“, lui aussi vivace et déchainé, aux guitares de folie, et ce “Take me back” magnifique, d’une délicatesse aussi intense que l’explosivité rock caractérisant les autres morceaux, à l’électricité enjoleuse, asseyent le statut d’espoir plus que confirmé de la soeur d’Arthur H.
Il nous reste alors deux plages à nous mettre sous la dent et “Disco ball“, animé en son début par une basse rondelette et une six-cordes ouvertement funky, exhale un rock..funky donc, mais d’obédience rock’n’roll, pouvait-on en douter s’agissant d’Izia.
Enfin “Sugar cane“, superbe performance vocale épaulée par une gratte épurée, aussi sobre qu’étincelante, conclut dans l’apaisement un album dont je suis d’ores et déjà certain qu’outre le fait qu’il ne quittera que très rarement ma platine, il trouvera une place de choix sur la scène rock hexagonale, au sein de laquelle je ne lui vois pour l’heure aucun équivalent.
Splendide.