D’ Emma Ruth Rundle je sais bien peu, relancé par la promo j’écris ce soir sur un album dont je me dis qu’il peut faire son effet. Enregistré en groupe, là où le précédent s’en dispensait, il offre effectivement une palette prenante pour peu qu’on prenne le temps de la cerner. Huit titres avantagent la Dame, de folk exalté aux tons rock en shoegaze qu’un Catherine Wheel relate ici avec maestria. C’est toutefois avec Powerless, d’abord intime, que le rideau est tiré. Sa suite implose, pour ensuite revenir à des tons posés. God’s Picture, entre Shannon Wright à nu et PJ Harvey en son ère tranquille, met du nacre. Vers sa fin il s’enhardit, sans rupture totale. Anvil arrive alors, là aussi des envolées graciles et rudoyantes s’invitent. Le piano s’immisce. These Killing Times a pour sources l’anti-capitalisme, la rage féministe anti-patriarcale et le contexte politique bien évidement néfaste et je pèse mes mots. Catherine Wheel, cité plus haut, se pare d’élans à l’orée de l’Orient.
Au sein du second volet Don’t Delay Heaven, à l’ambiance feutrée, poste une folk peaufinée. Enough, lui, s’en extrait pour gentiment griffer. Voire lacérer, sur de courtes durées et au gré de déferlantes nourries. C’est là que totalement, j’attrape ce disque et m’en empare. Que je suis en phase. Human Kindness ainsi me satisfait, doom ou presque, sonique et troublé. J’aurais souhaité, je l’espérais secrètement, une entière livraison de ce type. Il n’empêche qu’une fois saisi, These Killing Times a belle dégaine. Oceans Of Time lui met fin à deux voix, porté par une joli duo, dans un obscure quiétude. J’adhère tantôt, je décroche là-bas, mitigé tout en sachant bien que ma chance je retenterai, intrigué par un album qui semble exiger nombre d’écoutes avant de se livrer dans son intégralité.

©Kristin Cofer
