Serguei Spoutnik est le projet solo du français Damien Lecoq, musicien et ancien membre du groupe QDRPD. Après un premier EP, le bonhomme fait éclore Transcend, son nouvel album, lors d’une résidence à Reykjavik, en Islande. Pendant sept jours, il y a rencontré sept artistes locaux, qui lui ont chacun prêté un de leur synthé pour une journée. En échange, il leur prêtait de son côté un caméscope, un modèle obsolète qui capture des images floues et tremblantes, comme celles de ses souvenirs d’enfance. De par ce procédé, et là j’écourte car les anamnèses de 12 pages ras-le-bol, Transcend explore le pont entre son adolescence dans un lotissement pavillonnaire en France et sa vie d’adulte et artiste queer, le long de sept morceaux assez inclassables. On oscille là, en effet, entre pop, électro et downtempo alors que les climats varient. Digital Fruit, en ouverture, largue un déroulé aérien dont les synthés fusent gentiment, au gré d’une spatialité prononcée. From Who We Are suit dans une électro-pop aux rythmes marqués, se pare de coups de semonce bridés, malaxe les options. Serguei Spoutnik, dans la non-tendance, semble opérer un travail de quête d’un certain intérêt. Memory’s Shore, sucrerie pop barrée dans l’espace, en atteste. Il se brise soudain, le chant titube et l’effet saisit.
Après cette surprise Top Down Daddy, saccadé, électro, poursuit la route. On reste dans le léger, orné à l’envi d’écarts qui m’ont tout l’air d’entretenir une certaine forme d’ambiguïté. Drift Away, d’abord sage, ensuite syncopé, me conforte dans l’idée. Il faut suivre, certes, mais le jeu pourrait en valoir la chandelle. Je m’accroche. Les ambiances échouent, se relancent, revêtissent d’autres textures. Black Air and Sunset, dans les cieux, précède avec ses vocaux traficotés, ses notes claires cerclées de brume, le terminal Somewhere, I. Un ultime exercice électro-pop, enlevé, poppy, qui clôt donc un opus qu’à mon sens, il faut réinvestir à moults reprises pour l’entièrement saisir…

