Les tout crépusculaires Tout Bleu, menés par Simone Aubert (Hyperculte, Massicot) à la manière du gitan Melquiades, personnage clé de 100 ans de solitude, reviennent au village pour faire part de leurs trouvailles avec un troisième album, You Are Tree. M’en fallait pas plus, me voilà à parler du divin objet. Une dizaine d’abord chloroformée, dans la nébulosité fantomatique de l’inaugural Kind To Herself. Les voix y chuchotent, l’atmosphère angoisse. Une vague électro underground s’invite, en fin de titre. Puis Wish We All, dans un folklore champêtre possédé à la fin remuante, entérine la déviance du groupe. On s’en remet à peine que Technosapiens, lunaire, spatial, pousse encore le champ d’investigation de Tout Bleu. Le chant fait à nouveau effet, les volutes sonores également. Alive In A Future, no-wave à la majesté déjantée, obscur et bancalement lyrique, sème le même type de magie. Puis Doors, à la subtilité bluesy hantée, de son deuxième volet frénétique, fait des cinq premières plages des must absolus.

©Diego Sanchez
On poursuit avec enthousiasme, envouté, l’audition immergée. Ce Dit Univers, in French dans le mot, ensorcèle. On n’échappe pas à ce You Are Tree, A Mount y poste ses motifs et son louvoiement rock cerclé d’instruments déments et de vocaux à la déraison décisive. Mooch, sombre et d’un jazz hors-socle, expérimente jusqu’à ce qu’on s’en entiche. Champidou joue, ses penchants aériens le portent et ses sons fusant, son rythme kraut le placent en marge. Son terme bruisse, et puis matez-moi donc cette pochette! Plus représentatif y’a pas, à la minute où Loneliness distille pour finir son venimeux nectar « folklo » titubant et dépaysant force est de reconnaitre que Tout Bleu, perché, nous lègue là un opus qu’il faut certes aller chercher, mais dont l’assimilation recèle son lot d’extase sensorielle.

©Sophie Wagner
