Monolithe Noir est pour moi un orfèvre, nommé en l’occurrence Antoine Messager Pasqualini, récemment auteur d’un documentaire sonore marquant, Rebecca, consacré à la trajectoire libre et marginale d’une femme britannique retrouvée morte dans un village de Bretagne où elle avait refait sa vie. Et qui en arrive là à son quatrième album, plus « solo » que les précédents mais sans omettre le sens du collectif, d’une teneur passionnante. Revenu à Brest, dont il est « né près », notre homme trace un chemin entre émotions diverses, ouvrant au son d’un Long bridge sur motifs récurrents, groove nerveux et stridences bien placées. Aussi songeur qu’enlevé, saccadé, le titre flamboie. Virgox, au début trip-hop, suit lui la voie lactée. Il oscille, doucereux, chanté avec émotion, spatial, remarquable. Il s’anime, passé sa moitié, dans la magnificence sonore. Down in, obscur, s’illustre. Monolithe Noir vient chez nous, le jour-même de la sortie de l’opus, et j’en serai pas possible autrement couz’! C’es annulé m’annonce Nico Deleval, dégoûté je suis mais les fissures de Down In me consolent. Ses saccades insistantes aussi, fichtre qu’est-ce que j’aime ça! Gate one, ensuite, me livre sa grisaille sereine, enfin pas loin. Captivant.
Seek you, de notes dark en clarté vocalisée, de zébrures en dépaysement salvateur, attrape lui aussi l’attention. Et module sa tension, offrant un terme massif. L’excellence totale. Running fast la déploie lui aussi, il fait en outre parler son intitulé. Ses motifs entêtent sévère. On n’en sort pas indemne, mais régénéré. Threat on me prend alors le gouvernail, céleste, ténu et craquelé. Folk, lo-fi bruitiste. L’errance endeuillée de Monolithe Noir enchante, capture les sens, met en émoi. Flutter, aux guests en nombre, susurre sur une instrumentation frémissante, élargie, rendant hommage à celles et ceux qui nagent vers le large sans regarder derrière eux et sans se soucier de s’ils ont encore pied ou non. L’audace les inonde, elle irrigue également cet album déroutant, aux sentiers et senteurs variables.

©Nathalie Bihan
Gate two, bref et drone, amorce la fin. Il sonne presque le glas, mais La foi gelée (w/ Fabiola, alors là oui oui oui!) sème à ce moment sa magie syncopée. Ses excès, ses six minutes hirsutes. Il breake, emprunte à l’instant une voie autre. Nuptiale, martelée, mouchetée d’étoiles. Alors Gate three, vaporeux, en vagues psychotropes, se charge de border une œuvre dont on subira avec délices…l’emprise, indélébile, en attendant impatiemment les prestations live du sieur de Bretagne.
