Nous le savions, les gaillards du soir ont pour coutume de ravager leurs scènes. En nombre nous vînmes par voie de fait emplir le 1001 Bières, après un trajet en charrette pour ma part chaotique, à l’inquiétante odeur de caoutchouc. Qu’importe, j’arrive non sans sueur(s) et trop hâtif, manque de me casser la margoulette en glissant sur la pente boueuse de ce fast-food pourri là-bas au dessus. J’opte donc pour le bitume, plus sûr, et pénètre dans l’antre. La Soro’s mother m’accoste, les balances m’empêchent de l’entendre mais une fois le calme revenu je l’entends me dire que nous faisons partie du même groupe, une sombre affaire de fans de rock. Ah bah tu m’étonnes, suis tombé dans la marmite étant ado! Je le suis d’ailleurs resté j’ai juste pris du volume. Une adorable jeune m’aborde, me voyant fouiller dans mes réglages. Plus tard elle s’éclatera, tirant plein profit du set qui se tient devant tertous. De reconnaissance j’en sourirai, l’échange fut porteur autant que courtois et je l’en remercie. Entre-temps Juju le boss bubar m’a gentiment amené la Moinette prévue, histoire de faire bonne mesure. Fin prêt, affublé du t-shirt Rewired for Gaza reçu le jour-même et d’un bas de survêt’ Burton habituellement destiné à la gent féminine flanqué d’un cœur rouge je m’essaye à shooter. Bon, là présentement j’écoute The Cult, Beyond good and evil. Ian Astbury, Billy Duffy. Soro & Somsouk, ceci dit, c’est pas mal non plus. Sur les planches ça enclenche, le rap belliqueux et ombrageux des deux hommes fait valser la foule qui n’en demandait pas tant. Elle tombe dans la trappe, pardon la trap, d’une paire aux secousses groovy. Lettré et inspiré, insubordonné, le duo ouvre sous le regard médusé des écoutants.


Soro & Somsouk
Déblayé est le terrain, à « l’époque » j’ai fait l’acquisition du Manifeste des acolytes à capuche et croyez-moi, il envoie d’la bûche. Leurs rimes c’est des crimes, proférés à l’adresse des abrutis dans leurs lyrics dénoncés. C’est la guerre, comme le scande un de leurs titres. La partie est gagnée. On se rend à peine compte, alors, que les couz’ de Bill The Dog se sont pointés on stage. La raclée peut s’amorcer, en d’autres lieux nous l’accueillîmes avec une joie non feinte. Chien, soit tout ce monde rassemblé, a visiblement les crocs. Aux abois il aboie, sa fusion mastique grave et sa furie cimente un bruit strident. Sa colère est motrice, le dégoût sa matrice. Rythmes plombés ou débridés, guitares hurlantes jouées sous contorsions, vocaux ping-pong et furibards, malaxage des genres habile. Il y a là toute la matière, tout le talent, le refus d’une condition que le live enracine sans coup férir. We’re all lucky, le concert purge le parterre et par ici l’Amiens du musicien s’est rencardé, la trogne offerte à une retentissante mornifle. Punk, rap, métal, hardcore, pointes mélodiques, mère Musique s’y perd et nous on y gagne. Ce gig est un Manifeste, à l’étage des visages incrédules observent le massacre.


Chien
Au terme on ira bien entendu Tous se faire foutre, pour l’heure on communie et je ne pense pas être partial en prétendant qu’en l’occurrence, le collectif a encore pris du galon. A chaque sortie (La Lune des Pirates, Cité Carter), l’impact se resserre et le registre s’implante, aujourd’hui plus que légitime. Le son est massif, « Lothensen » (private joke) derrière la console assure vaillamment le taf. Un jeunot avec son petit appareil compact n’en rate pas une miette, là aussi j’en souris pour lui. Ici tout un chacun a sa place, en termes de genres. L’acceptation est de mise. On festoie à l’unisson, le MC Soro arrache tout et ses hommes de main trament un unisson polisson. Et surtout pas policé. Ces gars-là se sont trouvés, leur union sonne comme une évidence. Pile-poil face à eux, au mitan du champ (de bataille), l’homme de nuit que je suis en oublie que son métier le fuit. Social, faillite. Une ambulance, viiite (le terme est choisi ) !!! Fuirai-je enfin? De plus en plus je m’en convaincs, cheminant avec circonspection. Pour l’heure j’ai le live pour enfouir l’amer et la fiesta de ce vendredi m’enivre, de sonorités et de félicité mêlées, sous l’euphorisante camisole d’une sonique folie, pour me laisser quitter ce 1001 Bières plein à ras-bord et mis sens dessus-dessous par la furia d’une clique de bonshommes aux aptitudes impressionnantes.


Chien
Photos Will Part en Live!, auteur de l’article…
