Le Celebration Days Festival, certains y sont, sans calcul ni atermoiements. Alors ils savent. D’autres en parlent, sans le connaître. Ceux-ci ont tort. L’édition de cette année, large, vraie et boueuse, de paille et de son, en aura fait jouir plus d’un(e). Dès le vendredi les deux Madalitso du Malawi, dépaysants, ont amorcé le trip. Grandissant, celui-ci n’aura cessé de croître. Sans bornes, sans chaines, il aura inondé le CDF. Sa forêt, ses fidèles, Cernoy et sa splendeur verdoyante, de pierres et de champs. Cernoy, rendez-vous summum. You Said Strange, son set percutant en trio où personne n’est de trop. Début de Friday et déjà, l’ivresse en clairière. Guadal Tejaz, et En Avant Guingamp! Rock là aussi éventail, de taille, à la hauteur d’un putain d’album. Kraut, garage, trippy, épicé. The Buttshakers, dont je connaissais la portée, soul et cuivrés. Splendide. Ciara, frontwoman sans langue de bois, à la tête d’une clique dont la scène est le terrain. C’est là-dessus que repu, je conclus ma première salve. Le CDF, pour lui, je trace la route jusqu’au Sunday in the soir (Man Foo Tits, si vous me lisez…). A Breteuil, ogre que je suis, je stoppe au Proxy. Un peu comme au Coxi Market, à Eu, lors du Murmure. Ou encore au Casino, après le R4. J’ai bouffé du son, pour le coup j’ingurgite des Napolitains.


Buttshakers/Guadal Tejaz.

Tôt le matin, le lendemain, tri des images. Cafés, tassés. Happy. Le CDF, tu l’égaleras pas. J’y ai regoûté, avec délices, la carbonade. J’y retourne donc, 70 bornes pour un tel event ça se fait les doigts dans le nez. Je rate Eleanor Shine, désolé Jeanne! Je suis au fait de ton savoir-faire. Irnini Mons, magistral, me nourrit de ses divins décibels. Là, totalement, je décolle. La chanteuse-guitariste, en phase avec ses acolytes au registre pas sage, quoique tantôt cotonneux dans le chant, attrape my eyes. Plus tard avec elle, brièvement, je deviserai. C’est magnifique, pour moi le clou du CDF et pourtant, c’est encore l’artillerie lourde qui nous est réservée cette année. Gondhawa, d’Angers et là j’ai aussi tout dit, claque un délire bruitiste au delà de l’estimable. Afrobeat, mondial, prog et frontal, fuzz et rageur, psyché et voyageur, on ne s’en remet pas. Oh, et puis je croise Périne, Xavier, Clebs, Vince de l’Ouvre-Boite, Zelda, Adam de talent, Cathy et bien d’autres. Ici, c’est la forêt-maison. Horse Lords, instrumental, m’oblige à une nouvelle immersion. Meule de Tours, mornifle en Figures Libres, joue un gig renversant. J’atterris pas. Surtout pas, t’façon Keg déboule de Londres pour balancer une sorte de fusion à cuivres qui fatalement, impose un constat: plus inventif que le CDF, si tu veux trouver, lève-toi aux aurores et bon courage gaillard. M’en vais. Bitume -et non biture-, sommeil.


Gondhawa/Meule.

C’est alors dimanche et surtout, surtout pas repos. J’ai CDF copain, tu fais c’que tu veux mais moi j’y retrace. Koonda Holaa, valeur sûre, vu et revu, fait toujours son effet. Pig Society, dans le folklore, sème du bucolique. Ca sied, parfaitement, à l’endroit. Bacchantes, de chez Figures Libres tel un Meule, distille chants racés, lyriques, et instrumentation mystico-religieuse au caractère bien trempé. Magnificence. Parenthèse enchantée, arrosée à l’IPA, le CDF te prend dans ses filets. En guise de repas, rougail saucisse. Tout juste nickel pour, devant LNWKP qui s’échauffe, me restaurer sous couvert de crash barrière. Putain qu’on est bien! LNWKP, une nouvelle fois excellent, crache un rock hargneux. Ces mecs sont bons, un peu plus que ça même. Ici, tu démarre dans les 60’s et tu bondis à travers les ères, jusqu’au ciel sonique. Fuzzy Grass t’y propulse, 70’s, heavy, stoner, à bout de gorge car fête poussée mais qu’importe, ça le fait sans souci aucun. La guitariste, magnifique, capture mon objectif. Ce festival, il écrase les autres. Il prendra fin pour moi, en ce dimanche, sur le set de Péniche qui décidément, n’en finit plus de chavirer. Ses instrus brefs et cinglants déchainent la foule, en pleine houle. J’aurai, travail social oblige, raté quelques perles mais le plein d’euphorie, de béatitude, est assuré pour un conséquent moment.


Bacchantes/Public.

CDF je t’aime, plus que tout autre. tu es beau, tu es vert, tu es paille et écorce. Tu fus pluie et boue mais au final, le soleil brillait. Mes Adidas Archivo, soit trois paires bouffées de terre, attestent de mon périple. Une par jour, cravachant, au beau milieu des deux scènes. C’est le CDF, sans embrouille ni esbrouffe. Notre Woodstock à nous, isarien et loin de n’être rien. C’est mon repère, ma référence, mon phare dans ce monde de Booba. Ici j’aime tout le monde, tous les gigs, tous les troncs, Cernoy et Noroy, Saint Just et son Mc Do où jamais j’irai. Je préfère le proche, l’humain, le moins nanti mais infiniment plus riche. Je m’en retourne, nique les radars et leurs flashs à fric. CDF dans le dos, j’ai le vent en poupe. Sur la route, sandwich rillettes. J’ai faim, de tout. Faim du CDF, faim d’en être encore. A l’heure où je rédige ces lignes, c’est mardi et tout comme vous, j’appelle fébrilement la cuvée 2024. Déjà? Oui, déjà…


LNWKP/public.

Photos Will Dum.