KaS Product « Tribute » (Pussy Disc/IDO Productions/L’Autre Distribution, 18 novembre 2022).

0
298

KaS Product est le type de groupe qui se place, tel un Thugs, tel un Sloy, en bonne et due place dans le rayon du vrai, du singulier, du jamais surfait. Sur l’étagère à sons qui sortent du cadre, notre Spatsz aux sons psychiatriques et Mona, sa compagne de scène aux chants qui nous hantent, trustent les premiers rangs. Alors quand sort ce Tribute, ni compil ni hommage par d’autres, on le claque dans le lecteur et jouissivement, on appuie sur play. En dix-huit titres le recueil associe titres-phare, morceaux de derrière les fagots, un peu plus « cachés » et méritant d’être remis au gout du jour, et inédits de haut vol parce qu’avec ce duo-là, inexistant est le mauvais plan. En même temps (re)sortiront le premier album Try Out et un 45T réunissant les titres inédits, autant dire de nécessaires objets pour lesquels on ne compte plus nos billets. Le froid et filant Man of time, rythme sec et chant grave à l’appui, se rappelle à nos inextinguibles souvenirs. Un standard? La question est ridicule et la réponse, évidente. Fever lust, tiré d’ Ego eye, joue une new-wave mutine claire mais alerte, servie par la voix cette fois mélodieuse de Mona. Foreign land, inédit, suit quand vient son tour un sentier plus posé, plus enjoué aussi. Dans sa diversité de tons KaS Product, faut-il en faire mention, impose une patte que lui contester reviendrait à lui faire affront. Tina town l’avantage d’ailleurs, cold et sulfureux. Gift of the gods (j’abandonne, paresse oblige, la provenance des compositions) se jazze, classieusement. A la KaS Product, pour aiguiser notre plaisir. Mona, c’est pas un scoop, s’y distingue.


Photo Richard Dumas.

Quelques magies plus loin So bad, aux chants alliés dans leurs opposés, se saccade dans une lumineuse beauté. Ses motifs le soulignent, à sa suite l’énormissime Never come back fait gicler son acide cold. Les séquences de Spatsz, réfrigérées, assurent un effet maximum. Le tout dans un minimalisme qui lui permet, régulièrement, de toucher au but. Take me tonight, qui s’extrait de la compilation Black & Noir, reproduit des sons à la Suicide. Sans sagesse donc, dans une démence ouverte et cadencée. C’est mon KaS Product de prédilection mais pour être franc, j’aime la paire quoi qu’elle fasse. A l’occasion, par exemple, d’un Loony bin vrillé, où Mona oscille entre le chaud et le gouailleur pour accompagner les trames de l’ex-infirmier désormais voué aux claviers. Voilà une création que compulsivement, je peux écouter à l’exception de tout autre contenu. Sauf que Sweat & sour, du 45T Loony Bin et je l’évoque parce que c’est du rare, rafle de la même manière mon approbation. De manière moins frontale certes, plus spatiale, mais tout aussi fondamentale. Et déviante, je me plais à le rappeler. Et puis So young but so cold, obsédant jusqu’à la nuit des temps. Qu’il traverse, d’ailleurs, sans prendre la moindre ride. Je jubile, à l’heure où valeureux, les tracks de bravoure s’empilent.

Shoo shoo, sorti à l’origine sur le 45t du même nom, ravive le bonheur. New-wave, rythmé, truffé de sons à la Spatsz qui me dopaminent. Abouti? C’est bien peu de le dire. Mind, céleste et rythmiquement insistant, psyché et taré, très late 70’s, s’ajoute ensuite aux titres que Mona se plait, belle idée, à remettre au goût du jour car c’était un peu l’idée, notoire, de ce Tribute doté, aussi, d’un livret royal. Que je ne décrirai pas car après m’avoir lu, j’espère même avant, tu l’auras acquis. Pour chavirer, porté par Pussy X et ses vocaux animaux, ses claviers trippants et son côté « tube de l’underground ». Une poignée de miaulements plus tard, on n’en a pas fini puisque quatre inédits se chargent d’accroître la félicité du fan béat que je suis, que probablement tu es si tu te fades l’épreuve de te fader ma prose. Je t’en félicite, c’est un bel effort! Above, en version relue, te récompense d’un canevas haché qui fait bel effet. Miracles offre un climat volant, dont les sons le souillent amicalement. On prend. Taste eternity se poppise, dans un synthétique bien mis. Jazzy, enlevé/élégant, il s’impose.

Enfin Doors, plus direct, plus offensif, termine en exauçant mes souhaits d’incartade, de ruade appuyée en terres groovy. Tribute engendre donc, vous l’aurez saisi, son lot d’éclats de joie. Si on ajoute à ça le fait que Mona a pris la décision de remonter sur scène avec Thomas Bouetel aux machines et l’ex-bassiste de Marc Seberg, Pierre Corneau, sous le nom de KaS Product Reload, sans oublier son superbe et récent opus avec le sieur Mellano, on peut prétendre sans risque d’erreur grossière que tout est réuni pour combler les plus insatiables d’entre nous tous, réunis que nous sommes dans une éperdue quête de sons insoumis nécessaires à l’optimisation de notre quotidien.