Traître Câlin « De La Ruine » (Solium Records/Atypeek Music, 30 septembre 2022).

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Ces deux-là, je les avais déjà mentionnés, à la sortie d’un très psychiatrique XIII EX​-​VOTOS en octobre 2020. Ce disque malsain aux mots remontés, au discours noir et broyé, m’avait attiré quand, d’humeur audacieuse, j’avais pris le temps de le dompter. Dur, mais au bout du compte ce fut un temps fort. Avec De La Ruine, pas moins camisolé, le duo nAda + Jbaâl soit Traître Câlin vocifère derechef, sur des trames indus-rap boueuses et bruyantes mâtinées de beuglements et scories sonores de matière black etc etc etc (j’empile les et cetera, à défaut de savoir lister les genres ici imbriqués). Il est nécessaire, là aussi, d’être prêt et Reliquats d’Icare, dans une lancinance mortifère truffée de chants hurlants, prévient d’ailleurs son monde: accroche-toi au bastingage copain, le voyage va secouer grave! Pourtant Le sac et les cendres, vocalement, s’assagit. Pas sûr que ce soit le terme, mais je l’écris ainsi. Il n’empêche que l’enrobage, noise-rap, vaut son pesant de chaos. Ni Traître Ni Câline, la paire annihile, vitriole son époque, signe une Idylle au Saxifrage féroce. Tu parles d’une idylle….la tchatche saigne, les sons vrillent, le tout est d’un compact à fendre au couteau.

Plus loin Apophtegme de Qohélet, en syncopes moins brutales (quoique..), s’inscrit dans le ton frontal où verbe et sons entrent en collision, unis dans la défaite. Dans la désillusion, socle d’un opus au contraire du complaisant. Guitares en guerre, en vrac. Rythmes hachés, ramassés, compressés, à d’autres endroits directs. Quel fatras! Autodafé au sax que j’aime, celui de Yann Le Borgne, avance free. L’instrument est d’un bel apport, avant ça G 319 aura meuglé jusqu’à ce qu’on lui ouvre la porte de nos plus pervers plaisirs. Avide d’épave, un peu épave aussi, laminé, on poursuit sur une touche au relatif apaisement. Ca fait du bien et du coup, ça souligne l’impact de l’ensemble qui dans le tout brutal, se serait dilué. A la fin du 0, lui aussi, s’éclaircit un peu. Mais rassurez-vous, ça gazouille pas non plus! C’est Traître Câlin, d’un seul coup ils clament les chiffres et je comprends pas pourquoi mais je peux te le dire, ça fait son effet! Chapelle de Diogène suit, son décor est presque clair. PRESQUE. Parce que quand même, ca sent le soufre et la souffrance. Voilà pourquoi, à mon humble avis, on peut s’en enticher. Sans s’en détacher, sauf qu’il le faut parce que digérer ça, ça laisse des ornières.

Pas grave, on est déjà sous blessure. Les deux hommes la ravivent, à grand renfort de chansons De La Ruine. Ruine de nos vies, ruine de nos jours. Demande à la poussière, elle confirmera et Fante te le redira. Shoegaze (mais pas sûr), obscur ça c’est sûr. Traître Câlin schlingue le venin, c’est des gredins et des gueudins. Je dis ça mais si tu écoutes, vraiment, leurs réalisations, tu cours le risque d’y croire. Rêve à Patmos, pour t’y inciter et en tant que dernière giclée, s’élague et t’offre une cheminement non pas lumineux, faut pas déconner, mais un tantinet « dégrossi ». Là encore, je ne sais pas trop si le terme est adéquat. Pendant que je m’interroge Traître Câlin, lui, affirme une approche à réserver aux déniaisés, sans courbettes ni rouflaquettes, de nature à ravager la santé mentale de ses convertis.