Kurws « Powi​ę​ź / Fascia » (Dur et Doux, 4 novembre 2022).

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Kurws est polonais, il joue depuis quatorze ans et fait dans la no-wave funky bien sauvage, qui groove comme jamais. Sans voix, mais de manière captivante. Eloigné des canevas usuels, le trio composé de Dawid Bargenda (drums), Hubert Kostkiewicz (guitar, waterphone, bells, chimes) et Jakub Majchrzak (bass) dévoile sur ce Powi​ę​ź / Fascia sept morceaux dont le tout premier, Co nas łączy / What unites us, funke façon Gang of Four tout en faisant gicler, de partout, des sons et rythmes affolés. J’en reveux déjà, ça dure un petit moment mais dans ce laps de temps, jamais tu ne t’ennuies. Ca varie rythmiquement, on prend vite la tangente d’un disque entièrement prenant. Crissements des guitares, danse d’une basse qui obsède. La batterie, qui castagne et charpente. Ca semble tenir debout comme par miracle mais en réalité, c’est pensé. Enfin un peu car Kurws, ça s’entend, aime improviser. Et nous faire valser, dans tous les sens du terme. Son titre éponyme, sur la bagatelle de quinze minutes, sonne la charge et ne cesse de bruisser, d’asséner sa vigueur génialement foutraque. Il file, ralentit, se fait kraut, mais ne s’y arrête pas. C’est Kurws, point barre! Ses sonorités viennent d’ailleurs ou plutôt, de ses crânes fertiles. Ne cherche pas à le définir, Kurws te rendra chèvre.

Lęk i olśnienie / Anxiety and Lucidity, sur à peine plus d’une minute, grésille et s’indus. Sur ses temps brefs comme sur des longs formats, Kurws nous retient. Podchody / Foot chase fait du boucan, puis lorgne vers Primus. Fusion, mais dans la déjante. En se répétant, il n’en devient que d’autant plus pénétrant. Il breake, psyché. Entrainant, il nous force à le suivre dans ses attrayantes pérégrinations. Son opus sort chez Dur et Doux, là où la musique b++++ le normé un peu comme Saïd b++++ la police. Twierdzenie o nieskończonej liczbie małp / Infinite monkey theorem, en 52 secondes, pervertit son monde. Trop court, dommage. Mais Ruskie drogi / Russian roads, de ses notes en spirales tarées, lui succède sans se raisonner. Loin s’en faut même. Son chaos maîtrisé, son entrelac de sons derechef en marge en font un must. Pour ceux qui, tu en es je l’espère, me lisent par goût pour l’osé. Et pas pour l’oseille. Bref c’est Ruskie drogi / Russian roads qui termine, sur une durée restreinte mais à entendre, ce Powi​ę​ź / Fascia made in Kurws qu’il me tarde d’entendre joué live dans ma ville, ce mercredi 2 novembre, entre les murs de L’Accueil Froid.


Photo Paweł Starzec.