Kitch « New​.​Strife​.​Lands » (A Tant Rêver du Roi, 6 mai 2022).

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Kitch est lyonnais, c’est un premier bon point. Il ne fait pas dans le kitsch, se borne sans bornes à ne faire que du Kitch. C’en est un second. Il crèche chez ATRDR, en voilà un troisième. Ca tombe d’ailleurs bien, New​.​Strife​.​Lands est le numéro trois de ses sorties et s’apparente à un kaléidoscope des genres, qui recueille dix-sept (oui oui) morceaux dont aucun ne lasse. Issus d’une école de musique de Villeurbanne, Adrien Maillet : Keyboards, Key Bass, Machine; Thomas Loureiro : Drums, Machine; Léopold Riou : Guitar, Vocals, Bass et Dany Boutin : Guitar, Vocals, Bass étonnent d’entrée de jeu, au son de leur Étambot sous produit qui nous éthére l’esprit. Avant qu’ Anytime, flouté-chuchoté, n’induise le même effet pour ensuite faire péter l’implosion. Oh, on dirait Sarah W.Papsun! Pour les sons qui virevoltent, qu’ici on drape de noir et d’une vitesse de jeu estimable. Alors qu’à l’heure de Cracky, des riffs lourds à la …Korn (et oui..) portent une composition une fois de plus imaginative. Electro, chant rap, motifs innovants. En un trio où tout change sans prévenir, le quatuor m’a déjà rallié à sa vision.

Charismatik, dont le début m’évoque également le groupe de Jonathan Davis, groove aussi façon Primus, pour les sonorités qui l’étayent. Excellent. Il offre de bonnes grosses fissures, balourdes et jouissives. Sa voix hip-hope (du verbe hip-hoper, créé ce jour par mes soins), à sa suite Coursive nous replonge dans un bain de brume psyché expérimentale. Tu t’y attendais pas? Moi non plus. Stolen cage fait son Radiohead, un peu, vocalement parlant. Il est prog, s’envole mais n’ennuie pas. Bien moins, en tout cas que Yorke et consorts. Palan renoue avec le flou, avance en suintant sons épars et voix fragile. Je pressens le coup de boutoir, dans un premier temps un climat jazzy se développe. Ou trip-hop? J’en sais rien, Kitch non plus d’ailleurs et dans la continuité on en est déjà au titre d’après, le bien nommé Trippy . Il avance à l’instinct, à l’idée porteuse et là tiens donc, des guitares fortes surgissent alors que ça débite rap, après une amorce dont on pouvait prévoir l’encart. Il faut suivre, ça rend ivre et ça fait vivre. Embellie, électro dark (enfin il me semble), traverse une zone de turbulence sans forcément se briser. Could be convoque une folk soyeuse, soignée et de chant sensible. Bien vu, et magnifique. New​.​Strife​.​Lands, à l’envi, change de peau.


Photos JON FAYARD.

Ainsi Syzygie, d’ambiance aérienne aux relents proches de l’indus, pose t-il d’autres bases encore. Kitch ne peut se figer, The Only One Solution le ramène d’ailleurs à des fondations « folky » lo-fi dont émerge un chant derechef ténu. Il se syncope, ondule gentiment, flotte à la brise. Beau. Cabaner lui succède dans l’obscur, Kitch s’enfonce dans des tréfonds d’expérimentation mais ça ne dure pas, nous voilà avec un pulsant et rappant Absent Again. Woowww!, ça arrache, ça détache, ça fusionne comme à l’époque des Urban Dance Squad et autres RATM. A la Kitch, pour le coup. Break presque doom, ça hurle et bordel, c’est du solide(issime). Mac II déboule après ça, en secousses elles aussi criées. Noise entre autres, il consacre un putain de disque. Le chant re-rappe, éructe, passé ce coup de semonce on arrive à Guindeau qui débute avec des séquences tarées. Très bref, il laisse la voie à Étrave dont le déroulé leste et sans hâte embarque l’auditeur, ouaté par des voix douces et des sons qui flottent. Inutile d’épiloguer, Kitch vient de nous fonder un album tout en merveilles, inventif et déstabilisant, qui plus est personnel et sans concession aucune à ces foutues modes médiatiques.