Guerilla Toss « Famously Alive » (Sub Pop/Modulor, 25 mars 2022).

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Ca fait maintenant 10 ans que Guerilla Toss, trio venu de New York, enfante du son. Qualifié d’art-rock, il unit la chanteuse et parolière Kassie Carlson, le multi-instrumentiste Peter Negroponte et le guitariste Arian Shafiee. Famously Alive est leur nouvel opus, il est mélodique, parfois tordu et trop sucré dans le chant. Joyeux aussi, de manière globale. C’est, après mes premières écoutes, l’impression que j’en tire. Cannibal Capital ouvre le bal, poli vocalement, plus hardi dans l’instrumentation où grosses guitares, synthés et rythme syncopé presque baggy s’associent. L’amorce est plutôt agréable, un brin expérimentale. L’éponyme Famously Alive impose une cadence galopante, il énergise le disque. Puis il retombe, avant de reprendre sa course. Chez Sub Pop, j’imaginais une machine de guerre grungy, noisy, au son crade. Il n’en est rien, néanmoins au fil de l’écoute une identité se dégage. Live Exponential avance lentement, mais en pesant rythmiquement. Synthés vrillés, chant une fois de plus doucereux l’ornent. D’une pop étoilée, aux sonorités qui de temps à autres bifurquent, Guerilla Toss poursuit sa route.

Mermaid Airplane, dans ce même habillage organico-synthétique, joue une pop vaguement sophistiquée, sertie de claviers plaisants aux tons orientaux. Guerilla Toss est à mon sens, ce n’est que mon avis, encore trop avenant. A la moitié de sa route Wild Fantasy, plus mordant, le remet dans le droit chemin ou plutôt, dans des sphères auxquelles j’adhère plus volontiers. J’aimerais, j’attends, de vraies incartades, poussées, hérissées. Le morceau reste pourtant bon. Kassie pourrait toutefois, quand les trames du trio s’emballent, sortir de ce registre amical, mélodique jusqu’à manquer de relief. Pyramid Humm se saccade, le terme « art-rock » me laissait augurer d’un contenu plus sauvage, plus débridé. Mais Guerilla Toss est d’humeur enjouée, sereine, et compte bien nous le dire, voire nous « contaminer » de son optimisme retrouvé. De ce point de vue, on comprend mieux ses textures mélodieuses, sans trop d’aspérités. Celles-ci, quand elles se produisent, donnent du cachet à l’album. Excitable Girls, entre touches folk de départ, électro et je ne sais quoi d’autre, sort de ses gonds. Il est sur le fil; je l’entends, je l’imagine presque exploser. Ca vient…


Photo Ebru Yildiz.

Mais non. I Got Spirit, dans sa pop ludique -c’est ça, pop ludique: voilà comment je qualifierais Guerilla Toss-, prend un chemin de traverse appréciable. Peut-être faudrait-il, pour complètement l’appréhender, que je pousse l’écoute. C’est déjà chose faite, j’ai le sentiment d’avoir atteint mes limites et pourtant, quelque chose ici me retient. Happy Me, comme pour illustrer l’état d’esprit du clan des trois, sonne gentillet. Et si c’était dans ses mélodies, dans sa joie non dissimulée, que Guerilla Toss séduisait? La question mérite d’être posée, pour l’heure l’aventure se termine avec un Heathen In Me du même panier que le reste. J’escomptais, au vu des bidouillages qui introduisent le disque, autre chose. Davantage de « démence » Je ne serai pas exaucé mais au détour de certaines compositions, je trouve tout de même de quoi flatter mes écoutilles, dans ces temps où Guerilla Toss se fait « fou » de manière plus prononcée.