Moodie Black « Sana sana » (Réédition.Atypeek Music, 25 mars 2022).

0
507

Evoqué à maintes reprises -dont ici– dans ce webzine, comptant parmi les instigateurs du noiserap ou du rapgaze, Moodie Black nous revient avec Sana Sana, son premier album remastérisé (sorti à la base en 2011), aux neuf titres qui voient le duo s’enfoncer dans un tunnel de noirceur sonore. Dès Sana, le son donne l’impression d’un rouleau compresseur et se teinte, pour le coup, de vocaux psyché sur sons acides. Olvides suit, tout aussi pachydermique dans le rythme, façon Godflesh. Chant cette fois haineux, cascade au ralenti de sonorités écorchées et guitares plombées font le job, allant jusqu’à rendre le bazar sacrément accrocheur. Malaxé, l’auditeur tombe ensuite sur un Fang tchatcheur, pas moins bruyant. De manière profitable, évidemment, dont les vocaux oscillent entre « norme » et tons gutturaux. Les guitares sont assassines, le tempo écrasant. Innomatic, plus leste, groove sur une discours à nouveau appuyé. Il est bon, et ça s’entend, d’avoir ressorti ce disque référence. Public Enemy, à côté de ce chaos, ferait pâle figure et pourtant, j’adule ce que font Chuck D et consorts.

Au mitan Tres, comparable à un lent blues crasseux et souillé, indus dans ses contours, poursuit l’oppression. Il se passe de voix, mais produit un effet boeuf. Ruido, entre explosions sonores et chants qui délirent, l’imite en prenant la tangente. La psyché est malmenée, les oreilles broyées par ce laminoir intitulé qu’est Sana Sana. Cukoy, ravage définitif, ne nous ménage pas plus. Et on aime ça. Un brin malsain, notre plaisir s’intensifie. Mazette, quelle puissance, quel impact! Tu n’as guère le choix, il te faut pour jouir du disque en passer par là. Colérique, Moodie Black déverse sa bile, sonique et verbale, sans discontinuer. Cero, de ses saccades marquées, de son débit vocal plus bavard qu’un Heitham Al-Sayed, se pare de notes dépaysantes, venues d’Orient dirait-on. Mêlées, évidemment, à un bruitisme rougeoyant. On n’est pas au bout de nos délicieuses peines car le titre de fin, Sin, s’étire sur la bagatelle de huit minutes trente.

Rap, shoegaze qui crisse, groove élastique cohabitent au service d’une mixture pour le moins relevée, qui breake de manière soudaine en se faisant spatiale, psychotrope, dans le dérangement bien entendu. C’est alors fini, on vient de se faire terrasser par le cuirassé Moodie Black. On en redemande presque tant la paire, créatrice d’un genre qui lui revient, allie force et dextérité, identité aussi, cela va de soi, au gré d’albums au nombre sans cesse grandissant. Dont la qualité, elle, croît dans le même élan. Dans l’attente d’un véritable nouvel opus on tient déjà, avec ce Sana sana, une bombe noiserap incendiaire et volcanique, illustrée par neuf détonations bluffantes.