Captain Rico and the Ghost Band « Fréquences d’outre-tombe » (Autoproduit, 4 mars 2022).

0
412

J’ai déjà évoqué Captain Rico and the Ghost Band, groupe fantomatique du sud de la France, ici. C’était à l’occasion d’un premier disque incisif, surf et instrumental sans que ça perturbe la bonne marche du tout. Je remets le couvert, aujourd’hui, avec ce Fréquences d’outre-tombe qui parait à peine un an après, paré des mêmes atouts bien qu’annoncé comme « plus moderne, plus complexe » que son prédécesseur. Je n’en sais fichtre rien, j’entends toujours un jeu juste et qui pulse. Ca suffit largement, dès lors que débute le rock’n’rollisant Sun worship, à créditer les trois mecs qui sans complexe ni retenue, proposent une ardeur bienvenue. Entre surf donc, rockab’ et touches blues, ils louvoient, changent de chemin sans se pommer. Ici, c’est sur onze titres que ça se décline et rare est le relâchement. Le tout s’enchaine énergiquement, on inclut de la finesse et si Captain Rico joue bien, il ne cherche jamais à éblouir son auditoire. Ou si peu…

The beach of the damned souls, par exemple, trace et se hache dans le même temps, trépidant et sauvagement posté au carrefour des styles. Il aime la vitesse, elle euphorise et malgré ce parti-pris il n’omet pas, comme dit plus haut, la subtilité. Surf un jour, surf toujours certes, mais dans la diversité. On pensera aux Stray Cats pour le rockab’, à Kusturica pour les élans qui dépaysent et bien entendu, aux figures surf d’antan. Sauf que Captain Rico and the Ghost Band, c’est acquis, chasse sur ses propres terres. Emancipé de ses sources, il fait couler la sienne (de source), prolifique. Il trouve, constamment, la note qui accroche, l’enchainement qui fait taper du pied. Il entraine, dans son sillage, celui qui aime le jeu vif. Son union est un bel atout, Secret weapons le voit délaisser la surmultipliée pour aborder un blues/surf moins fonceur, bien plus atmosphérique. Il étend son champ, tout en restant reconnaissable. Mais il aime trop le débridé, alors Darkness in the sea nous y ramène. Avec panache. Il n’a guère à forcer, tout ce qu’il fait convainc. Même sans chant et pourtant, j’aurais préféré.

Ce n’est qu’un détail, Vertiginous descent groove de par sa basse, oscille entre allant et incrustes posées. Last will, plus long, prend des airs jazzy. Mais pas que. C’est une nouvelle fois dans ce son hybride, bien à lui, que Captain Rico and the Ghost Band est à sa juste place. Le titre éponyme, au terme d’une belle dizaine de plages rutilantes comme celles de leur région, se présente après que Last will ait fait, en certains endroits, parler son nom, vertigineux autant qu’avenant. Nous voilà avec une issue qui, passé une amorce sans trop de « wilderie », parait se tenir sur le fil. A l’orée de la minute, elle…demeure fine puis…s’emballe. On s’en doutait et puis avouons-le, ça nous plait grave. On approuve, avec d’autant plus de ferveur que jusqu’alors et à ma connaissance, les opus instrumentaux de ce genre sont encore épars dans nos contrées.