Monsieur Crane « Apocalypso » (Tonn Recordings, 10 mars 2022).

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Un gars de chez Lonely Walk, bordelais donc. Solo, pour un Apocalypso synth-wave chanté, en Français et qui comme l’a souligné le passionné Pedro Peñas Robles, convoque autant Taxi Girl que Mathématiques Modernes ou encore Ruth pour empiler neuf morceaux dont le premier, Coup bas, plaira de suite par son chant immuable et ses abords brumeux. Volutes de synthés, verbe désenchanté. On s’éprend. Tout va très viite…Je ne comprends pas, je ne comprends, je ne comprends pas. Ca va vite, en effet, à faire son effet. Condamné, pas plus en joie, lâche sa synth légère, grise et alerte. Jolis motifs, tons plus sombres. Monsieur Crane, sans crâner, crée un registre accrocheur car désabusé, où l’échec préside. Le reste, lent, insidieux, plante une troisième banderille du même « éclat ».

A sa suite Dors, marqué par cette cadence mécanique qui rentre dans les têtes, ces mots défaitistes qui finalement galvanisent, poursuit l’entreprise de séduction froide. Seul tout, au milieu du décor. Sans foncer, Apocalypso fait parler son intitulé. J’attends, de ses syncopes ondulantes, se pare de sonorités crades flirtant avec l’indus. Il est dément, entêtant, psychiatrique. Monsieur Crane, qui n’en est pas à son coup d’essai, valide une approche dans laquelle bon nombre d’entre nous se reconnaitront. Par nous j’entends, avant toute chose, ceux qui s’éduquent les esgourdes. Le stress, plutôt synth-punk, trace et en laisse (des traces), sur fond de chant blanc et dépouillement décisif. On va à l’épure, c’est la recette du…hum… »succès ». Celui qu’animé par la vérité, Monsieur Crane ne cherche pas. Il se démarque, s’en ira jouer dans les salles sombres et moites. Là où le son s’audace.

Monsieur Crane, Au téléphone, prêt à ne répondre à personne, sonne comme personne. Sans conviction, mais avec cette force de persuasion qui t’entrainera dans sa désillusion. Dans son espoir flingué. C’est l’époque, elle nous croque. On a heureusement, en réponse, le son de l’Aquitain. De Marbre et d’ébène, vivace, fait le coquin. Son pelage est beau, une fois de plus son Français nous parle. Mélodie pop -ou pas loin-, discours de sous terre. Déjà vu, avec la morgue inerte d’un Joy Division, fait briller pour la dernière fois une étoile vouée à l’extinction, blafarde et pourtant addictive. Apocalypso, attirant au possible, nous dévoilant un artiste sincère et talentueux, à la hauteur qualitative de son projet groupal.