God Is God « Metamorphoses » (Bureau B/Bigwax, 18 février 2022).

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Berlinois, God is God est composé du musicien et producteur turc (et fondateur du label Kinship), Etkin Çekin et de la multi-instrumentiste, chanteuse et compositrice biélorusse (et anciennement sur Not Not Fun) Galina Ozeran. A deux donc, ils façonnent une avant-pop brumeuse et aventureuse, où chant en Russe et en Anglais, vapeur de recoins éloignés et choc des cultures respectives assurent une identité la plupart du temps captivante. Behind the heroes, en moins de deux minutes, bâtit une trame dream-pop élégante dans le chant, grinçante dans son décor. Il est bref mais The Song Pt. 1, entre trip-hop dark et fumée d’orient, confirme que la paire, en explorant des terrains décalés, suscite une attention non feinte. Liquid Space, après lui, jouant une électro céleste aux hautes vertus psychédéliques. Alors que The Song Pt. 2, lente plage d’entre les nuages, au décor doux-amer, entérine l’approche du duo. Chacun y met de lui, au service du projet et dans le but de le démarquer. Ce que fait d’ailleurs Masha-Marie, aussi céleste que répété. On pourrait parfois ergoter sur cette redite, mais elle permet l’immersion. Metamorphoses Pt. 1, électro aux sons ludiques, marie boucles et vocaux avec dextérité.

Plus loin Metamorphoses Pt. 2, moins virevoltant, reproduit cette réitération des thèmes qui fait la singularité de God is God. Drops l’imite, il se dégage du procédé un hypnotisme affirmé. J’avoue une préférence, néanmoins, pour les compositions plus remuantes, plus agitées, qui sont ici minoritaires. Dream, bien nommé, s’évertue d’ailleurs à ne pas trop muer. Song of the siren, enfin, m’exauce en se syncopant, en se parant d’un rythme régulier et d’effluves de synthé bien pensées. Plusieurs écoutes sont nécessaires, sous peine de décrochage, à ce qu’on appréhende complètement ce Metamorphoses exigeant, qu’il faut aller chercher plutôt que d’en espérer une accroche immédiate. Le jeu en vaut la chandelle, God is God démontrant là une aptitude à capturer l’esprit, à anesthésier les sens, qui ralliera les plus persévérants. D’aucuns ne ne s’y prêteront pas, ou cesseront d’en être mais on ne peut les en blâmer car Metamorphoses, comme dit plus haut, n’est pas de ceux qui se lisent avec l’aisance la plus totale ou au terme d’une unique écoute.