Larme Blanche « Egotripes » (Unknown Pleasures Records, 22 avril 2022).

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Avec Demain est mort, fin 2019, Larme Blanche débutait, à l’aide de sa military pop addictive, son entreprise de dénonciation d’un monde qui vire au noir. Il s’y distinguait, créant un monde désenchanté illustré par des giclées grisées dont on pouvait vite s’enticher. Avec Egotripes le gaillard récidive, Le chant du loup crache un rap sombre et urbain aux mots aiguisés, aux textes superbes, qui fait qu’on renoue dans un plaisir vicié avec le registre singulier du bonhomme. Il susurre, laisse ses synthés exhaler du froid, ses boucles acidifier l’esprit d’un auditoire en proie à une gouvernance malade. C’est autant la lettre que le son, ici, qui s’en prend à nos cerveaux et génère des lampées de dopamine. Parfaite B.O. d’un monde en déliquescence, Egotripes programme elle (elle était facile) un Obsolescence sombre, dont le décor attire une fois de plus irrémédiablement. Aussi lucide que fataliste, presque mortifère, Larme Blanche peaufine un style qui lui revient, fait preuve de brio, textuel et sonore, appuie là où ça fait mal. Et ça fait du bien.

Bravoure, électro-dark aux motifs dépaysants, cosmique et groovy, est un putain de morceau. De bravoure. Dédié, si on peut dire, à un monde sans bravoure, que rarement on savoure. Il rime avec agilité, syncope et ondule, chante en déviant, lâche des nappes tarées. Puis il y a ces textes, d’un niveau insituable, qui permettent à l’opus d’outrepasser le niveau requis. Providence, sans rythme dans un premier temps, laisse place à une narration droguée. On plonge, plus profond encore, dans un puits qu’une cadence vient tout de même marquer, insistante. Des guitares, belles et guerrières, s’invitent aux…festivités? Je n’irai pas jusque là mais d’Egotripes se dégage, indéniable, un pouvoir d’attraction enchevillé par Barricade, lent et lugubre. Dément. Alors on prend car outre sa qualité maximale l’album, personnel jusqu’à son terme, propose un contenu sans réel égal. Il sort d’ailleurs chez Unknown Pleasures Records, ça jauge le bazar de manière avantageuse. Quelques sons jazzy surviennent, pas loin de l’enjoué, en tout cas assez chaleureux. France, ode à un pays pourri, se maquille en grésillant. Pour les présidentielles, cela va de soi. Nation véreuse, dégommée par un morceau tout en vérité.

Plus loin Argent sale, dans une électro fileuse aux sons fous, pas très propres, insiste dans le vice ou plutôt, dans sa dénonciation. Larme Blanche a tout capté, encore. De sa société, de la propension à se démarquer. Il aligne les titres de haut vol, extraits des bas-fonds. Blasphème traverse la nuit, alerte, en s’habillant de bruits crades. Il sirène, broie du noir puis laisse La flamme, dub ou presque, achever les résistances de celui qui a suivi. Climatique, la chanson entérine ce Egotripes de teneur supérieure. Elle s’emballe rythmiquement, livre des airs qui bordent le joyeux. Enfin Sodome & Gomorrhe, de ses saccades délavées, déblatère sans joie sur une trame derechef salie, musicalement en marge, s’il fallait encore le rappeler. On prêtera attention, là aussi, à ces mots d’un esprit fertile, à ce name-dropping édifiant sur rimmel d’acuité totale. Egotripes mérite tous nos égards, en disque audacieux et psychiatrique aux vertus thérapeutiques consolidées par une suite de compositions obscurément accrocheuses.