Battan L’Otto « Planet Nine » (Watonwan Records, 18 février 2022).

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Produit à New York par Kevin Tooley (Klaus Nomi, Certain General, Richard Lloyd, Mike Rimbaud…), lequel en joue aussi les batteries, le Planet Nine de la paire rouennaise Battan L’Otto recense sept titres typés, un registre que le duo façonne depuis 2010 et qui, maintenant, ne souffre plus la moindre discussion. Dans une distinction vocale qui doit à l’Italien, émanant de la chanteuse Silvia Morini, Dusty World avance dans la lancinance et dresse, de suite, un climat en doux-amer attrayant. L’oreille se dresse, attrapée. L’écorce est minimale, la guitare belle, l’accroche certaine. Fire Time adopte un rythme syncopé, des mélodies soignées, des accords à nouveau entre ouate et piquant. Battan L’Otto trouve, ou plutôt confirme, son approche. Ethno-folk, dit-on à son endroit. Ethno-rock aussi, je n’en sais fichtrement rien mais une chose est sûre: ses morceaux méritent le détour. Sans avoir l’air d’y toucher l’équipe, cohérente, hausse le ton sur un dynamique et brillamment impétueux Shop For Food. Battan L’Otto échappe à la classification, laisse gicler des tons 80’s mais ne peut y être astreint. Il s’y refuse, disposant d’un vision sienne et installée.

Ainsi Dig It!, lo-fi et sali, joli aussi, développe t-il à son tour une trame qui sans hâte nous pénètre, faite maison et dans un collectif aiguisé. Lequel, lorsqu’il a tout dit, se tait et passe à autre chose de tout aussi prenant. Désir Urbain valorise le mot, de toute façon élevé quel que soit le titre joué. L’ambiance aussi, cordée, légère mais animée…et enveloppante. On en relève, là encore, la splendeur sans complexité dommageable. Ces guitares qui vacillent avec joliesse, ce déroulé comme sûr de son impact. Refuge se fait jazzy, un brin sulfureux. Il se bride, explose sur des temps courts. Entre furie retenue et magnificence du jeu, on est à nouveau saisi. Planet nine fait son effet, durable, de plus en plus prégnant si l’écoute se répète. Là où j’attendais une ultime salve déviante et sauvage Sublime, bien sapé, délivre un milieu à la Elysian Fields. Le tour est joué, rondement mené, sobrement conçu. Battan L’Otto, à l’issue de sa nouvelle cuvée, pose une balise qui, remarquable, l’amène à croitre dans une estime « du milieu » déjà conséquente depuis belle lurette.