JOEL FAJERMAN & JAN YRSSEN « Racines synthétiques » (Réédition. Replica Records, 14 janvier 2022).

0
534

Paru à la base en 1978, le Racines synthétiques de JOEL FAJERMAN & JAN YRSSEN, le premier nommé s’étant à l’époque fendu, par exemple, des thèmes de « La chasse au trésor » et « Julie Lescaut », se voit aujourd’hui réédité par Replica Records, dont on connait désormais bien l’audace en termes de ressorties. Passionné de synthétiseurs, l’artiste s’associe donc à son « second », son collaborateur et ami au sein de Contact, pour nous concocter une épopée interstellaire, dépouillée et apaisante. Julien Louvet (Replica Records) gère le relifting, comme à l’habitude et c’est parti, le titre éponyme makes us float into space à l’aide de motifs planants, répétés jusqu’à ras la gamelle, qui font monter le vaisseau. Les pièces sont courtes, psychoactives, à l’image de Nébulosité qui se fait presque jazzy sans retomber de sa bulle. Alors que Plaine, loin d’être terrestre, use de ses sons car bons ils sont, les module peu comme pour affirmer, ouvertement, ses penchants célestes. Ce n’est qu’après quelques écoutes que j’ai saisi, appréhendé dans son entièreté ou presque, Racines synthétiques. Je fus près de dérocher, heureusement en homme persévérant je savais qu’il finirait par me berner. Feuillages, en seconde allusion à notre mère la terre, demeure toutefois très spatial.

On pourrait sombrer, avec délices, avec soulagement, dans une douce torpeur qu’une poignée d’encarts s’en viennent « bousculer », si je puis dire. Marche verte s’appuie dessus, on note là aussi les bonnes idées en termes de sons étayants. Accord majeur se fait drone, Ma forêt ramène un tantinet de sérénité. A sa suite, Astéroide souffle une électro qui groove, peinarde. Sans trop s’exciter, Racines synthétiques parvient à ébranler la psyché. Menuet pour un synthétiseur lorgne vers l’orchestral, Firmament nous y emmène (au firmament évidemment), ne cessant de s’élever. Jusqu’à ce que progressivement, le disque nous laisse perchés, au gré de son Mecanironic armé…de ses boucles invariables. C’est là que réside, sans nul doute, le pouvoir de l’ouvrage. Sas de décompression, dans le même temps produit « anesthésiant », Racines synthétiques ne trompe pas sur la marchandise. Sérénité -tiens donc- le boucle, dans ses airs de drone modéré lui aussi, pour en asseoir tout à la fois la singularité et le pouvoir d’attraction -de répulsion pour d’autres, moins tenaces-, impulsé par des synthétiseurs qui constituent l’unique étoffe de l’opus.