A Place To Bury Strangers « See Through You » (Dedstrange, 4 février 2022).

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Après l’ep Hologram, qui remonte à juillet 2021, A Place To Bury Strangers dévoile un nouvel album, qui me surprend d’autant plus que j’en ignorais l’imminence. Il se nomme See through you, se veut varié sans porter atteinte à l’approche cold et bruitiste de clan formé par l’éternel Oliver Ackermann, la batteuse/chanteuse Sandra Fedowitz et le bassiste John Fedowitz (tous deux issus de Ceremony East Coast). Enregistré sous confinement, il pousse le trio dans ses derniers retranchements créatifs, le portant à un niveau que beaucoup lui jalouseront. C’est parti pour la cup of tea, Nice Of You To Be There For Me suinte une cold aux motifs entêtants. Des guitares souillées arrivent, APTBS pose là une première banderille qui en convertira plus d’un. Il y a des relents indus, électroniques, dans ce disque qui, on l’attendait, échappe à toute classification un tant soit peu précise. I’m hurt, fort des deux tendance citées plus haut, groove de par sa basse rondelette. On se laisse catapulter, une fois encore, par les vagues sonores. Let’s see each other, lourdement hypnotique, crisse pour, au final, s’enfoncer dans une noirceur profonde, qui depuis belle lurette sied au projet.

So low, rythmé, dans un shoegaze déflagratoire, entérine la grande forme d’ APTBS. On les retrouve en furie, Dragged in a hole fait péter une électro/indus tarée aux giclées sales. Ca turbine sévère, le chant blanc d’Ackermann souligne des parties vouées à l’assaut auditif et qu’on redemande car addictives elles sont. Ringing bells, où la frappe de Sandra ne se retient plus, délivre lui aussi ses coulées à la Jesus and Mary Chain. I disapear (when you’re near) est moins cadencé, mais reste soumis à des flux de bruit blanc délectable alors que la voix, de son côté, se « poppise » légèrement. See Through You est, à l’image des créations précédentes, un must absolu. Anyone but you, au galop, régale de ses loopings noisy. Il trace, gerbe un boucan dont on ne peut que s’éprendre.

Plus loin My Head Is Bleeding, truffé de sons électroïdes, fait dans le vacarme psych-noise. Il se syncope, Broken lui emboite le pas comme s’il partait percuter un mur. Celui du son, assurément. Riffs francs, vitesse débridée. Mazette, encore un hymne! Sa vigueur post-punk le crédite, sa basse le ponctue à l’unisson avec une batterie marathon. Les guitares, une fois de plus, lancent des éclairs. Hold on tight, au crachin soutenu qui s’oppose au chant presque mélodique d’Oliver, aborde la dernière ligne droite en laissant, dans son ornière noisy sans ménagement, un ouvrage plus que notoire. I Don’t Know How You Do It, exotique en son début, se pose après ça en perle mélodieuse du plus bel effet. Sa rêverie dreamy-shoegaze l’élève, merveilleuse.

A Place To Bury Strangers, en l’occurrence, fait à nouveau dans l’excellence. On s’enthousiasme, définitivement. Valeur au delà du sûr, APTBS poursuit son ascension vers le statut de référence incontestable. Il offre pour finir, histoire de ne laisser planer aucune forme de doute, un Love reaches out cold-pop, subtil autant que sonique, qui l’emmène dans des eaux dépaysantes. Il s’emballe, partiellement, puis tempère sa fougue en instaurant des sons qui font voyager. Peut-être est-ce là une piste pour la suite, toujours est-il que l’ultime morceau de See Through You arrive en conclusion d’une flopée de treize plages magnifiques et imparables, largement au niveau de nos espérances.