IDPNT « I’D PREFER NOT TO feat. MARIE DE BERLIN » (Autoproduit, 23 janvier 2022).

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Projet de Jérôme Vermorel, IDPNT fut d’abord un trio, après que l’intéressé ait officié seul, où apparaissaient Eric Pifeteau et Stéphane Louvain (French Cowboy). Dans un rock indé éraillé du meilleur des tonneaux, le clan des trois nous offrit un excellent disque éponyme, sorti en octobre 2016. Depuis, la formule a mué. C’est un duo, entre Jérôme lui même et Marie de Berlin, qui s’attaque à un registre toujours aussi indé mais plus à nu quoique souillé, le temps de neuf morceaux brillants mais pas seulement. On a d’abord, pour notre plaisir, l’alliance des voix (On the road, doucereux, qui ouvre le bal). Et de suite, de la magie sonore, délicate mais également écorchée, quand arrive par exemple le lancinant Beginners. Avant lui, Let’s take a ride aura grésillé en son début, pour ensuite instaurer une trame fine qui n’a besoin que de quelques motifs, flamboyants, pour pleinement exister.

L’album a du chien, il prend ombrage et dégage une mélancolie dont on s’entiche. Soul of your song, sur un fil, sensible, finit par, sur ses derniers instants, se faire plus rugueux. Dans l’alternance des tons IDPNT, séduisant, trouve de l’impact. Celui-ci est aussi sonique: Both sides déploie à son tour, d’ailleurs, une forme de dualité entre l’abimé et le plus ouaté. Les chants n’en finissent plus de s’entrelacer, sur des timbres au ressenti palpable. Le jeu de guitare, s’il fait dans le sobre, est un atout de plus pour le projet. Eyes shut, au titre prémonitoire, s’envole doucement. Puis ses notes s’enhardissent et bien que privé de rythmique, IDPNT plante une identité qui ne demande qu’à être poinçonnée. Il ne s’agit là, certes, que d’un premier LP. Mais on y entend, récurrentes, de belles promesses. One more night, dans un gris qui enchante, fait à nouveau valoir des vocaux notables et ces guitares qui, à l’envi, « musclent leur jeu » (merci Mr Jacquet).

Il est bon d’errer dans le petit monde, de plier devant le gringue musical d’IDPNT. Qui, sur la quasi-fin de ses ébats, souffle un I really don’t know à la Mazzy Star, un peu mais au final, c’est beaucoup. C’est Into the wild, enfin, qui termine l’épopée. Subtil, il s’inscrit dans la lignée d’une série chatoyante mais de caractère, qui incite à la somnolence autant qu’elle peut, par instants, rudoyer avec grâce. IDPNT débute donc sa carrière dans un format persuasif, valorisé par des compositions à la fois sobres et hardies qui ont le pouvoir d’hypnotiser, charmer et brusquer dans le même élan inspiré.