Hicks & Figuri « Sayanora Muchacho » (Herzfeld, 26 novembre 2021).

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Projet solo d’un certain Pierre Walter (Loyola, Original Folks), Hicks & Figuri fait dans le dénudé folk depuis deux albums -celui-ci inclus- et un EP, me semble t-il. Dans la finesse et le raffinement, à l’aide d’un 4-pistes cassette et selon une approche résolument lo-fi, il empile les douceurs apaisantes, lieux sonores de ressource pour nos âmes blessées. Sayanora Muchacho n’échappe donc pas à la règle: dès The blues, première ritournelle à la soie protectrice, on plonge dans un univers intimiste, fébrile et sincère. Ca va durer onze titres, à l’issue on ressortira comme lavé de nos tourments mais avant ça, on aura tiré profit de décors sobres, parfois gentiment animés (Mountain loop et sa discrète pulsation électro, puis Raging tracks qui se pare un peu de la même vêture). Tout concourt, ici, à faire tomber la tension, à relâcher la pression. Un jeu fin incruste les morceaux, qui à aucun moment ne sombrent dans la surcharge et encore moins dans la démonstration. Walter fait dans l’économie -de mots, de notes-, embrume parfois ses efforts (Le terme de Heaven’s gate). The lovers, enjoué, incite à la félicité.

Plus loin Fantastic four, dans une folk-pop de velours, entérine les effets de l’opus. On reste dans un chant vrai, S.P.R.B. puis The believers se montrent fidèles à l’élagué que Hicks & Figuri met en place. The target impose une cadence un brin plus marquée, à peine. On pourrait s’ennuyer, pour sûr. On peut aussi et surtout s’abandonner, complètement, à cette série de chansons-refuge qui s’écoutent sans forcer. In psychiatric hospitals, d’un format plus étiré que le reste de l’album, narre presque sereinement, dans la joliesse que des synthés volants renforcent, la déroute psychique. Fermez les yeux, mesdames et messieurs. Sayanora Muchacho va jouer pour vous les marchands de sable et vous amener à la torpeur, salvatrice, en en réponse à la violence d’une époque que ses sons et chants en coton parviennent, fragilement et joliment, à enrayer. Pour finir, l’objet sort chez Herzfeld et ça aussi, ça mérite une attention non feinte.