Foggy Bottom « Dans cet endroit » (Twenty Something, 28 janvier 2022).

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Le temps d’ Une histoire à l’envers Foggy Bottom confirmait, en janvier 2019, la grande valeur de son Sur le fil, in French please (mars 2017).Vingt ans après ses débuts, il met les petits plats dans les grands et nous régale d’un Dans cet endroit bonnard, flanqué de dix titres au coulis 90’s shoegaze/noisy-pop -« disto-pop »-, peut-on lire justement sur sa bio diablement savoureux, mélodieux et entraînant jusqu’à ses derniers instants. L’objet est bleu, eux sont loin d’en être (des bleus) et fatalement, ça s’entend positivement. L’enregistrement s’est tenu à Thionville, dans leur fief donc, sous la houlette de Camille Belin (Daria, LANE et Do Not Machine, tout de même). Le tout fut mixé à Angers (au Pegazus Studio) et masterisé à New York par Dan Coutant. On est donc bien armé et A toute allure, le combo qui affectionne les dinosaures jaunes convainc d’emblée. Chant charmeur, reflets noisy qui évoquent The Pains of Being Pure at Heart, vitesse d’exécution font la diff’, sans avoir l’air de forcer plus que ça. Dès le premier tour de manège on a la tête dans les étoiles, mise en branle par l’allant des Mosellans. Match nul, tout aussi frais et pétillant, endosse lui aussi son habit de lumière pop et conserve une cadence dense. Le rond-point, synonyme en général de décélération, s’orne de sons légers et s’il reste alerte, ralentit un peu. La qualité, elle, reste perchée sur les plus hautes branches.

Dans cet endroit est un enchantement espiègle, il sort chez Nineteen Something et ça ne gâte pas l’affaire, c’est même tout le contraire. Il est uni, Sous la pluie le rend beau mais n’oublie pas de faire dans le sonique. Quant au chant en Français, cette fois aussi, il trouve sa place sans dénoter. Foggy Bottom joue simple et bien, joliment. Le titre éponyme, lancé à toute berzingue, certes, mais lui aussi étincelant, se shoegaze avec bonheur. Voilà un opus qu’on auditionnera, à coup sûr, fort et tout le temps, assuré de sa valeur et de son immédiateté. Foggy Bottom assure de bout en bout, aime le bruit mais apprécie aussi de le faire reluire. Longwy, saccadé, attaque un terrain soniquement dreamy. L’expérience est une lanterne…blah blah blah, d’aucuns diront que je me la raconte avec les mots. N’empêche que pour le coup celle du groupe l’emmène vers le haut du panier. Là où crèchent les meilleurs, ceux-ci se fendant ensuite d’un Johnny belle gueule à la pop détendue.

De déboulés nourris en plages qui « retombent » légèrement dans le rythme, Dans cet endroit aligne les perles. Tout ce qu’on sait faire, appuyé, en présente le côté enlevé. Ca gronde, ça vrombit, c’est irrésistible. Guitares belles et fermes, rythmique carrée, voix poppisante se percutent au point de former, solide, un ensemble à classer parmi les meilleurs de ces temps covidés. La saison, galopant, conjugue tout ça sur un rythme échevelé. L’album, je réitère mon constat, squattera nos lecteurs pour un temps indéterminé. Saturé, énergique, étoilé dans ses chants, il n’a pas fini de nous tirer par la manche. On y revient, comme addicté, à toute heure de la journée. Au moment où Celui que tu croyais, également vivace, sonne la fin de la récré, on s’est éclaté sévère. On capitule. Foggy Bottom, luron de la première heure, met en exergue le talent d’une bande de « vétérans » qui n’ont jamais paru aussi verts, jeunes et élégamment bruyants. A l’instar, d’ailleurs, de cette dernière livrée vivifiante et acidulée, extraite du meilleur des tonneaux noisy-pop made in Thionville.