Sweet Needles « Tormenta » (Autoproduit, 26 novembre 2021).

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Sweet Needles ? Des parisiens. Qui n’inventent rien, mais font tout bien, tout l’temps. A cinq, les hommes concoctent un amalgame percutant de ce qu’ils affectionnent, à base de rock hard assez « n’roll » et qui a le don, parfois et dans les meilleurs moments de ce Tormenta, de m’évoquer la force d’un Motörhead. C’est le premier LP du clan, j’ai bien l’impression qu’il est rarement pris en défaut. Il outrepasse largement le cadre stylistique de l’institution nommée plus haut, le titre éponyme assène la première mornifle en moins de deux minutes. Not The Only One suit, rythme au taquet, entre intensité et refrains mélodiques. Ca tient la route, sans problème, sans non plus faire la révolution. L’énergie du tout, sa variété dans les orientations empruntées font qu’au bout des courses, tu peux délier ta bourse. Ca braille sans en rajouter, Shake it! Groove it! débourre un rock’n’roll sous haute tension, tendance heavy en sus. Guitares bavardes, vocaux un peu tout-terrain, rythmique bétonneuse et adaptée assurent le job, on breake avec à propos. On sait, aussi, mettre une truelle de lourdeur pour compléter le bazar. C’est le cas avec Egotrip, d’abord pesant, qui ensuite pulse et met ses chants en opposition. Rien à redire, ces gars-là sont loin d’être les pires. Be Bop, riffs inspirés puis balourds -j’entends par là « coup d’bélier- en bandoulière, massif, lamine tout ce qui se trouve sur son passage.

Headache, à l’intro bluesy, adopte ensuite un débit vocal proche du rap. Il fusionne, ça commence à ressembler à un catalogue de styles ce truc-là. Mais il est bon de le parcourir, on n’y décèlera rien qui puisse le mettre en péril. Les jumeaux Arthur (guitare) & Oscar (chant) Bonnot, Simon Dagallier (guitare), Arthur Calonne (basse) et Hippolyte Bordes (batterie), liés, valent bien un détour. Ou plusieurs car à l’évidence, il se pourrait qu’ils élargissent leur public avec les onze tartes de Tormenta. XIII va en ce sens, « wa’eun’woll », lancé sur les rails avant de réduire sa vitesse. Puis de tracer à nouveau, vocaux éructés à l’appui. Sweet Needles continue à performer, à bien jouer sans se la jouer, guidé par sa passion. Better Late Than Never fonce droit devant lui, lance des choeurs ravageurs. Il est viril, sans détours, riffeur et rageur. Black Haze visite des sphères plus psyché, sur ses premières notes, pour étendre le champ d’action du groupe. A deux minutes, il allie lourdeur et spatialité. Plans presque prog’, aussi et brièvement, dans les guitares, sans que ça vienne irriter l’écoutant. Qui, avec From Hisingen To Paris, voit le métal pointer le bout de son manche. La qualité, ici encore, crédite les Franciliens.

On aborde alors la toute fin d’album sereinement, sans craindre le faux pas. Avant ça, un passage vocal à la Mutha’s Day Out se fait entendre. Puis Another Land, lyriquement puissant, alterne rythmes et tons de manière assez adroite. Sweet Needles, s’il a en l’occurrence pris le temps -3 ans furent en effet passés à enfanter le disque-, parvient à un résultat solide. Il a partagé la scène avec Glenn Hughes, Pop Evil, H.E.A.T, BlackBombA et d’autres, ça lui a visiblement servi aussi et à l’heure du « premier bébé », ses géniteurs peuvent se targuer d’avoir bossé de manière porteuse. On demandera confirmation bien sûr, on sait par expérience qu’un bon départ n’est pas forcément synonyme de consécration ou de valeur définitivement affirmée. Mais Tormenta, en se montrant consistant de bout en bout, dégage déjà l’horizon pour les cinq musiciens et renforce leur confiance quant à la suite des événements.