Sweet Gum Tree « Silvatica » (Dreamy Bird/Cargo Records/Microcultures/Kuroneko, 26 novembre 2021).

0
417

Sweet Gum Tree est le projet du multi-instrumentiste angevin Arno Sojo, dont le tout premier LP nommé The Snakes You Charm & The Wolves You Tame remonte à février 2014. Avec ce Silvatica où interviennent notamment Earl Harvin (Tindersticks, Psychedelic Furs, Air) et Erik « Raggy » Sevret de Zenzile, il brasse pop, psych-pop, folk et rock avec dextérité. A Bright Interval, d’une folk jouée avec finesse mais aussi rudesse -contenue-, l’amène d’emblée à se démarquer. Voix sensible, étayage aussi beau qu’écorché, cordes toutes en magie élèvent ses débuts. Des effluves psyché s’extirpent: il suffit, ici, de se laisser embarquer. Le trip est racé, la matière de première main. Lifelines, ensuite, galope au son d’une pop-folk à laquelle on ne peut qu’emboiter le pas. Il me rappelle un titre de The Tragically Hip, sur son Fully completely de 1992. Des incartades sauvages, riffs nerveusement exécutés, se font de plus entendre. J’aime car Sweet Gum Tree, s’il s’en tenait à une stricte douceur proprette, m’irriterait. Pour l’heure, c’est loin d’être le cas et Edgewise, s’il progresse sans encanaillement, ou tout au moins dans une étoffe douce-amère de choix, valide les dispositions de Sojo.

On note, constants, les beaux atours mis en place. Natural Highs, ensuite, se saccade sous l’effet de la batterie, sert une trame folk à nouveau élégante, sans travers. Le saxo serpente, Zenzilesque. Oceania, psyché, byzantin, me laisse sur ma faim. Mais voilà Exposure, qui d’un riff sombre récurrent instaure un climat rock sous tension. Break, murmures, puis saxo à la Psychedelic Furs, libre, à l’apport marquant. On sait faire, aucun souci sur ce plan là. Une envolée hérissée survient, bienvenue. Je craignais, j’avoue, l’excès de retenue. J’aime ceux qui se lâchent, quittent à faire fuir une partie de leur auditoire potentiel. The Kiss, après ça, prend des teintes célestes. Il se répète, trop pour moi. Trop sage, trop doux, trop tout. Serenader pose son chant délicat, son étayage sobre. Son arrière-plan se sombre, le rendu est certes beau mais pêche, à mon sens, par excès de « tranquillité ». Le saxo, comme de coutume, sertit toutefois l’ensemble avec panache. J’attends la crue, j’y aurai longtemps cru. Elle point mais on reste, pour le coup, dans du feutré frustrant. Présentable et accompli, certes, mais selon moi trop dominant.


Photo Anne Marzeliere.

Le titre éponyme, jazzy, enfumé, délivre un instrumental notable, un tantinet dépaysant, comme on peut en trouver chez…Zenzile, justement. Groupe d’Angers, là aussi, hautement recommandable. Une montée survient, intense, puis c’est la fin. Utopia, sur trois minutes une fois de plus timorées pour moi, magnifiques pour d’autres car reconnaissons-le, son habillage est remarquable, finit alors le job dans une dernière minute psyché aux portes de l’ambient. C’est de toute évidence dans ses atmosphères, dans son côté ouvragé, plus que pour sa vigueur et ses sorties de route noisy, que Silvatica s’imposera. Il est d’ailleurs déjà honoré par pléthore, ou presque, de revues très en vue. Je l’aurais doté, en ce qui me concerne, d’ « éruptions » en nombre plus conséquent, histoire de le pousser dans les cordes et de lui donner un peu plus de mordant. Ce qui n’empêche toutefois pas, au final, sa bonne tenue et sa fréquente joliesse.