BALLOND’OR “Ballond’or” (Specific Recordings, 26 novembre 2021).

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Japonais, issu de la scène punk en ébullition de Shimokitazawa (Tokyo), BALLOND’OR rassemble MJM (guitare, chant), Nike (guitare), Akahige (batterie) et Nancy (claviers, basse, chant) depuis l’aube des années 2010. Plusieurs sorties en K7 et CD sanctionnent l’activité du quatuor, à l’identité désormais implantée. Avec ce disque éponyme, né de la rencontre entre le groupe et la team Specific Recordings, le label en question a dressé une sélection de ses titres préférés. Il a sacrément bien fait; 14 pavés explosivement mélodiques, entre J-pop et shoegaze, punk et rock dédié au bruit jouissif, font qu’on y adhère illico. SCUM TRUCK riffe prestement, il dépayse puisque chanté dans la langue de là-bas. Il file, use de motifs qu’on kiffe. De choeurs, aussi, qu’on retient. Ca s’annonce bien: on va de plus se rendre compte, par la suite, que BALLOND’OR crée un rendu diversifié. Après quelques salves de belles guitares, ICEBOY griffe un punk-rock méchamment joué. Belliqueux, il sait aussi brosser ses mélodies. 裸の女王様, après lui, suinte une power-pop filante, rapide, qui confirme l’énergie insufflée par la clique dans ses travaux. Ca fleure “grave bon” les 90’s, la vigueur, l’euphorie du rock à grattes un brin adulescent. ブリングリング ne se fait pas prier pour, à partir d’une batterie souple, adopter un débit presque rap dans le chant. Il groove jusqu’à n’en plus finir, pose lui aussi des airs qu’on fredonnera…une fois qu’on maîtrisera le Japonais.

Pour l’instant, ça se fait en yaourt. Ca suffira. ヘルタースケルター, hurlé et asséné, offre, à son tour, son lot de sons trop bons. Dans une puissance à peine jugulée, avant DANCER IN THE DARK qui se syncope également dans sa cadence. Et, belle surprise, se donne des airs pop changeants dans leur humeur. Après ça C.R.E.A.M., pop et punk, tire une torpille perforante. Il place, également, de belles ritournelles. Damned, c’est bon çaaaa!!! NOISE YOUTH, assaut noise-punk bruyant et révolté, lui fait suite. Là aussi, on a droit à des incrustes plus “polies”. Mais où vont-ils, nos amis du soleil levant, chercher tout ça? Vanilla Distortion parle pop, mais attention: en vitesse! Et se laisse zébrer, sans résister, par ses guitares. J’adore, Théodore! Strawberry Rider, aux virages noisy bien serrés, lorgne du côté de Sonic Youth. Et qu’il est beau, le vinyle, dans sa couleur bleu ciel! BALLOND’OR aligne les réalisations de haute volée, aime foutre le dawa, exécute un HATE SCHOOL MATE d’abord au galop, qui breake d’un coup puis défouraille à nouveau.

A base de 10000 idées à la minute, BALLOND’OR se place dans le haut du panier. LGBT, électro, rock aussi, étire encore un peu le champ d’action des Tokyoïtes. Mon voisin, demain, me dira -me répètera, plus justement- que j’écoute “de la zik eud’zarbi”. Tant mieux, ça veut dire que c’est bon. NEO ICECREAM, à la “presque fin” du recueil, baigne sa pop dans une mer de sonorités folles. Ses mélodies se prennent, parfaites. Ses excès autant. Enfin Dreams, un peu plus…rêveur, en effet, si on peut dire, démarre folk. Il est sensitif, les six cordes l’ornent avec maestria. Il n’y a plus qu’à reposer le saphir, affuté, sur le premier sillon de ce disque addictif pour lequel nous remercions Specific, décidément prolifique. BALLOND’OR cartonne, de bout en bout, en extirpant de son chaudron fumant une série de morceaux terribles, éclaboussants, qu’il a le bon goût de nacrer d’airs avenants. Excellente fournée!