L’Eclair “Confusions” (Les Disques Bongo Joe, 12 novembre 2021).

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L’Eclair vient de Genève, il malaxe jazz, kraut, psychédélisme, clins d’oeil à la vague Madchester et expérimentations méandreuse mais irrémédiablement passionnante. Instrumental, il ne lasse pourtant pas et Confusions, son nouvel opus sorti chez Les Disques Bongo Joe, brouille les pistes avec allégresse. P+R, Canien et cosmique mais aussi agité, pose d’emblée un groove élastique, pluri-styles. Verso, à sa suite, se jazze plus ouvertement. Mais le genre est dévié, extrait de ses sphères habituelles. Whirlwind fait de même, valable par son climat et ses sonorités prenantes. Il y a, derrière ce jazz enfumé, spatial, une sous-tension, une feutrage distingué qui élèvent les débats. Et le souci, constant, de défricher. Ca pourrait nous perdre, le procédé est parfois vertigineux. Mais on reste en phase, capturé par l’originalité du rendu. Étoile, bref, précède la trilogie Cosmologies. Trois épopées donc, au tumulte qui d’abord se bride, sur le fil. On entend, dans l’horizon bleuté de l’Eclair, poindre l’orage. Cosmologies Pt. 2, néanmoins, reste serein. L’Eclair trompe le monde, Cosmologies Pt. 3 vient pulser sur des airs kraut perchés. Il s’habille d’une électricité éparse, frétille, se refuse à l’inertie.

Plus loin Transmission I, exotique, indus dans certains recoins, obscur, ne redresse surtout pas la barre. C’est en marge, constamment, que L’Eclair frappe. Timbacrack obsède par ses motifs, se montre alerte sans trop quitter les astres. Groovy, il ferme la porte à toute velléité de retour à des formats connus. Confusions est emballant, il a aussi le mérite de ne pas être trop “mental”, bien qu’exigeant. Sa nouveauté l’avantage, sa créativité incite à lui donner crédit. Concorde, syncopé, ressemble à un avion que des trous d’air chahutent. Il garde toutefois le contrôle, au mitan de ses soubresauts. Sa légèreté l’emporte et le redresse, sa cadence soutenue le rend entrainant. Tranmission II, à peine plus long que son premier volet, offre ensuite, étonnamment, une voix qui flotte, lyrique. J’aimerais, ce chant, l’entendre plus souvent.


Photo Mehdi Blanker.

Dans la foulée Clubless, “électro-baggy”, s’acidule. On est scotché, une fois encore, par la capacité du septette à brasser les notes. Il fait des loopings, frise la sortie de ciel -non pas de route, quoique…-, mais sonne juste et permet à l’oreille de s’ouvrir à des ossatures neuves, imaginatives. Pangea, lui, s’apparente à un crachin de sons dark, dont émergent des traits de lumière jazzy. Confusions ne se décrit qu’avec peine, destiné avant toute chose à être vécu. C’est un trip, il importe par conséquent d’être prêt…et prédisposé. Enfin Uscita, psyché en son début, hagard, finit par s’agiter sous l’effet de sons finauds, d’une rythmique souple et de scories atypiques, parfois ambient, en conclusion d’un album riche et dense qu’on ne peut assimiler à la première écoute.