Demain Sans Faute « Panier de fruits » (Epicericords/Coolax/Cheapsatanism/Scolopendre/La loutre par les cornes/Ged/Araki/Do it Youssef/Les Clampins d’abord, 15 septembre 2021).

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Demain Sans Faute? Rien compris! Sont combiens dans c’foutoir? C’est quoi leur (no) genre? Pourquoi y divaguent autant? Sont pas près d’ouvrir pour Calogero, c’est moi qui vous l’dis. Avec ce Panier de fruits, ils s’éloignent même passablement de ladite perspective, Au klm (c’est le premier morceau du disque), suivant une entrée en matière qui grince et dissonne en s’accompagnant de vocaux narratifs. Noisy folk? On s’en balance Laurence, moi ça m’accroche directo. Ca va nulle part, mais ça te plonge dans des climats décalés où tes émotions jouent au yo-yo. Percus à gogo, bien nommé, prend alors une voie exotique. Indus, no wave, il coupe le chef à toute prétention mainstream. Du lourd, où des voix cinématographiques surgissent en arrière-plan, avance lentement, fait le beau dans ses sons, vrille la tête en les amenant à tanguer. L’effet est boeuf, pas beauf. Demain Sans Faute puise son contenu dans les méandres d’un cerveau fertile, assez dérangé pour produire un rendu à l’opposé du convenu. Type de larsen 3 l’enfonce dans la déviance, dans les tréfonds d’un petit monde décidément dément, dark et sous terre. C’est pour cette raison, précisément, qu’en initié on l’aimera autant.

Tranquille et tendu, comme l’indique le titre en question, qui me fait penser au Sonic Youth des débuts, Panier de fruits est porté par une assiettée de labels tous aussi indé les uns que les autres. Miracle! Avec Smoke on the water 1, sublime cover de Deep Purple (toi qui me crois, tu peux d’ores et déjà réviser tes classiques), un long drone s’étend. Psychotrope, barré, inquiétant. On se dit alors que Panier de fruits, déjà en marge, va se radicaliser plus encore. Impro n°9, s’il expérimente -c’est un euphémisme-, offre toutefois plus de variation. C’est à nouveau au early Sonic que je songe, avec délectation. J’aimerais qu’un chant, fusse t-il hanté, possédé, distancié, surligne plus souvent les trames inhérentes à l’album. Smoke on the water 2 s’en passe mais son ambiance de film d’horreur, marquée, pourrait capturer l’attention. Et la tension. Je vous le concède, voilà un opus à ne pas mettre entre toutes les mains. En fait j’aime bien la techno, qui le conclut, joue une espèce d’électro à la fois cold et cielée (je viens de l’inventer, comprenez « céleste »), répétitive, ça va sans dire, qui n’en finit plus de dérouter.

Album « chercheur », sans limites ni réels préconçus, Panier de fruits attirera le quidam, le badaud, celles et ceux qui auront eu le courage, car il en faut, de s’en draper sans décrocher. C’est en effet par l’insistance, dans la capacité à aller le chercher, qu’on pourra en extraire l’entière teneur. Ca peut aussi ne pas « matcher », il n’est évidement pas docile ni disposé à se laisser attraper comme un chope un fruit dans son panier. Il est en tout cas bien plus immersif, et ouvragé, qu’un produit issu des castes plus soumises et, par voie de conséquence, nettement moins profond que ce que peu enfanter Demain Sans Faute. Qui, notons-le, vient de Brest et rien que pour ça, mérite qu’on se penche sur son cas de manière affirmée.