Brion Starr « A Night To Remember » (Taxi Gauche Records, 19 novembre 2021).

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Américain, Brion Starr vit et oeuvre à New York, rejoint par un groupe de collaborateurs étrangers et nationaux. Il sort, depuis Global identity en mai 2019, des disques où fleurent bon les 80’s et des saveurs de Bowie, classieuses. A Night To Remember, son nouvel effort, a été enregistré au Château d’Hérouville, avec Tony Visconti (David Bowie, tiens donc!, T. Rex, Sparks, sans oublier nos Rita Mitsouko nationaux sur The no comprendo) et une poignée d’hommes de main tout aussi fiables. Méditation sur la nuit et ce qu’elle peut engendrer, le disque délivre dix morceaux où des synthés façon Thin White Duke s’acoquinent avec un chant typé, au gré d’un glam qui parfois s’enflamme et, toujours, se distingue quelle que soit la route suivie. Morning light, délié et bien orné, suscite la première approbation. Ses claviers jouent, bordent des sons aguicheurs. La voix prend de l’ampleur et nous voilà face à une amorce réussie, qui sonne et ne manque pas de coffre. Ca groove, The butler ondule sous l’effet de sa basse et laisse libre cours au canevas guitares-synthés. On s’y laisse prendre, avec d’autant plus de facilité qu’une fois encore, les voix font elles aussi leur effet. Climats new-wave dans les sonorités, arrangements de goût font la différence. Private eye ne manque pas la cible, lui non plus. Alerte, presque reggae dans ses motifs, il séduit avec la même aisance. Glam, pop et rock, touches bluesy, cadence soutenue font bon ménage. On joue bien, sans démonstration irritante.

Je n’avais aucunement connaissance, avant la réception d’un mail promo tombé à propos, de ce que faisait le bonhomme. Je le découvre avec plaisir, il a pour label Taxi Gauche Records, basé en Suisse, au catalogue sans défauts. Shine, funky et léger à la fois, rude dans ses riffs « fonk » et ses soudaines saccades, donc, donne le change sans vaciller, lui non plus. Il commence à convaincre, réellement, ce A Night To Remember dont on pourrait bien…se souvenir, justement, agréablement. Blackout, new-wave de choix, va en ce sens. On sert du gimmick à tout-va, en évitant toutefois le trop-plein. 21st century ltd (for Alice) relâche la pression, il se fait atmosphérique. Presque psyché aussi, dans une belle tenue. Nocturne joue une électro spatiale, « bouclante », puis s’agite pour, à l’arrivée, nous réjouir à nouveau. La voix y est vindicative, plus qu’à l’habitude. Les sons, pour leur part, tout à la fois finauds et salis.

A chaque morceau, Brion Starr valide son labeur. Il n’en est pas à son coup d’essai, loin de là, mais il est visiblement capable de s’inscrire dans la durée. Il est bien entouré, la team qui l’épaule a elle aussi une longue route dans les sabots. Il obsède, ce Nocturne, par ses spirales répétées. On the line le suit, plus circonspect, pas moins concluant. Il recèle de belles envolées, mesurées, et comme de coutume une classe indéniable. Quelques « pa-pa-la-pa-papaaa » plus loin, le titre éponyme s’élève, pop, mélodieux, dans le vent, acidulé. Brion Starr propose un disque uni, cohérent, marqué Bowie mais redevable à sa seule personnalité. Il a le bon goût de l’achever joliment, au son d’un Same flame (stay with me) à la coolitude qui se communique. Il ne manque à mon humble avis, à cet ouvrage accompli, qu’un petit surplus de force rock, débridée. Ca n’empêche guère, cependant, son impact permanent. On valide donc, en ce qui me concerne l’effet de surprise joue bien évidement en faveur de l’artiste.

On a de plus droit, en sus, à une pochette visuellement attractive. C’est un bon point supplémentaire, Brion Starr poursuit par conséquent sa carrière en se dotant d’une création qualitative. Au vu de la clique rassemblée pour l’occasion, le contraire aurait fait désordre. On salue le bonhomme, on s’en ira également fouiner dans ses opus d’avant qui, eux aussi, valent assurément qu’on leur consacre une partie de notre temps.