Julien Bouchard « Excuse my french » (Hot Puma Records, 12 novembre 2021).

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Deuxième album -je n’en savais rien, je l’aborde donc avec une oreille « vierge »- de Julien Bouchard, Excuse my french fait suite à un premier effort anglophone, après des travaux groupaux qui l’étaient aussi, et se permet de convoquer de A à Z, yes sir, notre langue-mère. J’ai d’abord eu peur, craignant un disque de chanson (le genre) tranquille et sans saveur. Comme quoi quand on ne connait pas, et ça ne vaut pas que pour le son, on se prononce, où plutôt on « subodore », un peu hâtivement. Qu’importe, l’erreur est réparée. En plus de disposer d’une belle lettre, l’homme d’Epinal joue une pop-rock dynamique, simple mais pas creuse, sur dix plages plutôt charmeuses. On y trouve, dans les coins, des bruits d’obédience 90’s. Trop peu à mon goût, j’voue raffoler du raffut à la Posies ou Dinosaur Jr, mais audibles dès l’excellent Le sens de la fête qui ouvre le bal. J’veux voir le ciel qui s’embrase ne le fait pas (s’embraser), mais il fait sonner une pop animée…dont les guitares s’enhardissent tout de même quelque peu. Même à l’écoute, il importe de ne pas se prononcer trop vite. Les bons albums savent distiller, avec patience, ces petits détail qu’on pensait attendre en vain. Excuse my french en est: Comme des animaux lui permet de se distinguer à nouveau, dans un format qu’il maitrise sans nous prendre par traitrise. Pop d’élégance, en phase avec un rock qui parfois point. Pop à la vêture d’allure. Pop, j’irai jusqu’à dire, à l’accroche que les écoutes consenties renforcent. Pop que j’affectionne moins quand, légère, elle flotte au vent (Château de sable). Mais qui, même moins enflammée (quoique..), continue à s’accomplir.

En nous, fougueux et alerte, m’exauce. J’aurais aimé, exigeant, un disque gorgé de tels efforts. Qu’on ne s’y trompe pas, ce ne sont là que mes souhaits. Excuse my french vaut pour sa qualité, égale, récurrente. Il vaut pour son Français, pour lequel il n’a aucunement à s’excuser. Excuse my french, il ne dénote pas. L’album est une belle surprise, Ton ombre est ma lumière l’illumine de ses choeurs et de ses airs poppy avenants. Une trompette discrète s’incruste, on en profite pour noter l’économie décisive de l’ornement. Si d’aucuns chargent la mule Julien Bouchard, lui, reste mesuré. Un peu timoré peut-être, dans un carcan pop bien mis mais peu enclin à franchement dévier. Même pas là (avec Eddy La Gooyatsh) en atteste, agréable mais somme toute réservé. Me serais-je par trop éloigné, ces derniers temps, de ladite mouvance? Les belles guitares de ce Même pas là m’y replongent, merci à elles. A l’issue Tu m’entraînes, superbe bourrade noisy-pop, rétablit l’équilibre. Je recolle, enthousiaste. Bouchard, entre modération et moments d’emportement, est à sa place. Je l’aime, plus encore, quand il fait rugir ses cordes. L’embardée est noisy, la batterie s’y offre une virée galopante. Excellentissime.


Photos Jean Elliot Senior.

Dans la foulée Coeur serré, saccadé et bien ficelé, allie textes de choix et guitares de caractère. Le terme s’annonce bon, la sincérité m’impose d’ailleurs de reconnaitre qu’ici, rien ne fléchit vraiment. Comète, avec vivacité, m’amène même à complètement approuver. Je craignais un fin tranquille, en lieu et place Julien Bouchard me délivre un morceau alerte. Il m’évoque un peu, c’est un réel compliment, le Sad disco de Rhesus. A le rejouer, je le trouve même bien bon. Excuse my words; ils sont parfois précipités, un peu « précoces », tout comme l’euphorie qui me gagne lorsque, après réception d’un opus qui récolte tous mes votes, je déchaine ma plume. Excuse my french est une bonne cuvée pop, sans autre prétention que celle de bien faire dans son créneau d’appartenance. C’est chose faite, sur la durée, après dix compositions auxquelles j’aurais volontiers adjoint une poignées de giclées bruitistes supplémentaires. Excuse my french voit le jour chez Hot Puma Records, label dédié à la pop pure, qui se dote donc d’une parution créditrice pour son catalogue.