Courtney Barnett « Things Take Time, Take Time » (Marathon Artists, 12 novembre 2021).

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Troisième album, et l’impression que de plus en plus, comme le bon vin, elle se bonifie, bien que plus posée qu’à ses débuts. Courtney Barnett, avec son Things Take Time, Take Time, re-confirme son statut de révélation durable. Elle prouve avec talent, que la « hype » autour d’elle, de ses travaux, ne doit rien au hasard. Comment s’y prend t-elle? Ca ne parait pas, de prime abord, plus dur que ça. Elle enregistre, fin 2020/début 2021, à Sydney et Melbourne, avec la productrice/batteuse Stella Mozgawa (Warpaint, Cate le Bon, Kurt Vile). Elle se livre, avec grâce. Elle délie son répertoire. C’est tout? Oui. Et ça suffit, largement, à ce que la donzelle récolte les votes. Normal, chacun des dix morceaux joués est un must, pratiquement, et le tout s’imbrique sans faire couler le ciment. La première ritournelle, Rae street, tamise une indie-folk que Liz Phair aurait approuvée. D’emblée se dessine l’impression que Courtney Barnett, en l’occurrence, se destine à empiler les compos achevées. On ne se trompe pas, elle s’y adonne avec les capacités qu’on lui connait. Sunfair sundown, électro mais discrètement, nacré de notes qui méritent une bonne note, progresse avec autant de prestance. Et sans se presser car la dame, j’en suis sûr, est certaine de son entreprise.

Here’s the thing file doux, on pourrait regretter l’ardeur des débuts mais en fait non, Things Take Time, Take Time est trop bon pour ça. Before you gotta go (pas de suite, rassure-toi, j’écoute d’abord) débute subtil, mais vire vivace. Je le sens, il va mordre. Eh bien non, il reste dans cette vivacité magnifique. Et ça prend. Turning green, où les sons me font penser au To bring you my love de PJ Harvey, suinte l’excellence. Il groove, sur un rythme presque kraut que des sonorités d’on ne sait où appuient joliment. Ses guitares dévient, on ne protestera pas pour ça. Take it day by day convainc autant, avec sa dégaine d’Exile in Guyville. C’est une certitude, Courtney Barnett est arrivée à….euh…maturité? C’était déjà le cas, je pense. Mais on sent de manière claire, ici, maîtrise et assurance continuelle. Mainmise, même.


Photos Mia Mala McDonald.

If I Don’t Hear From You Tonight, suivant une route indé, folk, pop, brille de la même manière. On est preneur, sans entrave aucune. Write A List of Things to Look Forward to, d’une pop-rock entrainante, vient ensuite à bout de nos résistances. Disque intime mais ouvert à la vie, incluant des chansons qui parlent ouvertement d’amour, de renouveau, de guérison et de découverte de soi, Things Take Time, Take Time charme. Sans prendre plus de temps que ça, contrairement à ce qu’augure son patronyme. Splendour le fait pourtant, se déployant sans hâte ni tumulte. Aucun problème, il est dans le ton élevé de l’ensemble. On the night l’imite pour finir, c’est là que malgré tout, je déplore le trop peu de compositions déchainées, rock sans autre coloration musicale.

Ca n’entache que très peu, et ce n’est de toute façon que ma vision, la série livrée par l’auteure-compositrice-interprète Australienne qui, des épreuves traversées, parvient à accroître ses rapports, humains. A y trouver plus de profondeur, un degré d’amitié plus prononcé, la capacité à se nourrir des bouts de bonheur que le quotidien offre régulièrement. C’est déjà pas mal, c’est même conséquent et ça lui permet un superbe disque, qui respire la quiétude retrouvée et la conforte en tant qu’artiste incontournable de la sphère indépendante.