Delgado Jones “Tales of Wanderland” (L’Eglise de la Petite Folie, 22 octobre 2021).

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Déjà distingué ici, pour son travail avec The Brotherhood, Delgado Jones est issu du label L’Eglise de la Petite Folie. Ca lui assure une certaine qualité que Tales of Wanderland, ce nouvel opus biographique basé sur ses voyages “inter-extérieurs”, relate le long de dix morceaux beaux et rudes où Mirabelle Gilis (Violons) et John Trap aka Thomas Lucas (Bass, drums, keyboards, Fx, countdown) assurent un étayage de choix. La première nommée se fait d’ailleurs déjà remarquer sur l’ouverture, un Paradise cosmos au rock sombre et lourd qu’allège son instrument. La voix, comme d’habitude, renvoie quelque part du Cave. On est bien parti, d’emblée. The Orange Pen At The Tiny Blue, de ses riffs brefs et secs comme un coup de trique, sert ensuite une trame lente, presque trip-hop, de même valeur. Soudain ça accélère, dans un rock rugissant, pour à nouveau se syncoper. Du boulot bien fait, on connait de toute façon l’adresse de “DJ” dans la conception de brulots indé home made. Des encarts acoustiques arrivent, puis on repart dans l’appuyé.

L’entrée en matière est de taille, solide comme un chalet de montagne. Halo, doté lui aussi de riffs crus, charpente le tout jusqu’à parfaire une brochette de titres introductifs magnifiques. Il se fend de mélodies propres, mais conserve ses aspérités. The Kirkintilloch Rock, quasi militaire dans ses tambours, en son début, respire un folkindé de premier choix, qui se hérisse vite. Voilà du conséquent, on n’en attendait d’ailleurs pas moins du bonhomme mais il est bon de le voir enfourner les plages mordantes. Il a aussi du cachet dans le chant, ce qui valide d’autant plus l’essai que je tente de décrire ici. The Heartcore Song l’imite en cela, dans une drapure pop-folk une fois de plus merveilleuse. Delgado Jones continue, comme un repère indé qu’il est, infaillible, à empiler les buchettes de derrière les fagots. On s’en régale, le passage en cours marque certes une retombée dans la vigueur mais la qualité persiste. Dragonfly Girl, aux voix alliées, s’endimanche et nous tire par la manche.

Tales of Wanderland est une réussite, ombragée parfois mais optimiste. La Dame Gilis se met en évidence à nouveau, sur ce Dragonfly Girl. Elle a d’ailleurs épaulé le grand et regretté Dominic Sonic, qui fera l’objet de mon prochain écrit, sur son sublime Acoustic que je dois aller récupérer, après ces lignes, dans une magasin que je ne nommerai pas. Pour l’heure Weakly Interactive Massive, entre bruyance et motifs mélodieux, réinjecte du barouf dans ce superbe disque. Signology suit, dénudé ou pas loin, resplendissant dans ses fringues pop de velours. On note un son proche du live, vrai, et la féérie des décors. On ne trouve rien à redire, style et plume inspirée font bon ménage en se mettant au service d’un album sur lequel Brown Black Mystery apporte une mélancolie dont on se gorge, sertie par Mirabelle.


Photo John Delahaye

Avec le sieur Trap en sus, qui a de plus mixé le tout, on ne peut se dire que l’entreprise pourrait, ici et là, flancher. C’est d’ailleurs dans l’optimal qu’elle trouve son terme, avec un Magnetic Particles retenu, d’un bois folk soutenu dont le second volet s’emballe joliment. Mon premier café a coulé au moment où sonnaient les premières notes de Tales of Wanderland. Je n’en ai pas repris depuis, absorbé par son contenu. Sa fin se pare d’une batterie en torrents, à l’issue, donc, d’une rondelle absolument parfaite. Après l’excellent Cinéma de…John Trap, tiens donc, L’Eglise de la Petite Folie ajoute une énième pépite à sa collection, rangée avec soin dans un recoin de la cité brestoise, dont il importe de vanter les nombreux mérites.