C’est en écoutant le superbe Sonars tapes de François Joncour, parfait pour un réveil entre quiétude et déluge de sons, que je rédige ce report. Preuve d’un éclectisme, d’une ouverture que je tiens fermement à maintenir, l’audition du musicien brestois fait suite à celle de Kraftwerk et Sleaford Mods. Mais je m’égare; revenons à nos moutons où plutôt à notre chère population estudiantine, venue ce jeudi soir assister à la clôture de Festitude. Festival pluridisciplinaire impulsé par le Crous Amiens-Picardie et l’UPJV, du mardi 21 septembre au jeudi 7 octobre à Amiens, Compiègne, Saint-Quentin, Soissons et Beauvais, celui-ci avait pour hôtes Alvin Chris, alias Crescendo, pour ouvrir le bal, avant que Youv Dee et son registre large entre trap, rap et rock, pour le moins percutant (et “à la mode”?), ne vienne, littéralement, faire péter les barrières et exploser la foule, en proie à un bonheur gesticulant à l’expressivité remarquée. On le comprendra aisément, un peu plus bas dans ces colonnes, à la lecture de ma modeste prose d’oiseau de nuit de la cité samarienne. Le Campus est on fire, ma p’tite dame, et il ne s’agit surtout pas d’en atténuer l’ardeur.


Le public.

C’est par le repas, j’en remercie d’ailleurs le CROUS et son équipe, que j’amorce ma soirée. Je le prends, une fois n’est pas coutume, sans hâte. A son terme je me dirige vers la scène, judicieusement plantée au carrefour des résidences étudiantes. La foule est là, encore éparse: je peux la jauger, au contact direct ou presque, et j’aime ça. C’est, entre autres, ce qui fait le sel de ce type de date. L’échange, la proximité, le bonheur partagé, l’élan d’un temps commun, sans aucune forme de préjugé. Deux STAPS, évidemment pleins de vie, dissertent au premier rang, bien entourés. Blagues et bons mots, errance dans le public, j’immortalise quelques visages. Puis je regagne le “pit”, au plus près des jeunes ayant investi ce Campus où, il y a des lustres, j’étudiais péniblement l’Anglais. Mais Alvin Chris, lorsqu’il foule la scène, n’en a cure. Dans la langue de Molière, il débite ses histoires de vie, sa poésie amère et réaliste, pensée, et passe d’effluves douces, à l’émotion sans fard, à des élans plus soutenus. Si musicalement il ne s’agit pas là de ma tasse de thé, force est de reconnaitre que l’amienois assure le job, dans la lignée de ce qu’il a pu produire sous l’étendard Crescendo. Le terme lui sied, d’ailleurs, parfaitement: step by step, il gravit les marches et peaufine son rap, son approche, jusqu’à faire tanguer ces messieurs-dames. Une ouverture honnête, de bon aloi, avant que le climat ne se tende, se faisant bien plus explosif, au son de Youv Dee.


Alvin Chris.

Avant ça on salue Alvin Chris, qui s’acquitte de sa mission sans faillir. Je flâne; je me sens chez moi, sur ce Campus si souvent arpenté. Un détour au catering, je convoite le dessert mais finalement, j’y renonce, déjà repu. J’opte pour la flânerie, à nouveau. Puis la scène, son atmosphère, cette fébrilité liée à l’attente du set, me ramènent face à ces jeunes gens si enthousiastes. Il scandent, remontés comme la manche de celui qui s’apprête à en découdre, le nom de l’artiste. Je sens, je pressens, je subodore une sorte de…je ne sais quoi, précisément. C’est Youv Dee, que j’entrevois comme un groupe “dans le vent”, un peu “fabriqué”, qui va m’apporter la réponse. En pas même dix minutes, sous le poids de l’énergie, des harangues du gaillard de Sarcelles et de ses acolytes, les barrières s’écroulent. Entre tous. La sécu, dont je relève la promptitude et le professionnalisme, se précipite pour les contenir. Percutant, déviant et quand bien même il me laisse un sentiment de “clique à la mode”, Youv Dee envoie tout valser. C’est ce que fait, d’ailleurs, un public complètement groovy, dont la félicité ne peut se contenter de passivité. Voilà ce que j’aime, voilà ce qui, bien qu’on ne soit pas forcément en phase avec le genre de l’artiste invité, fait qu’on apprécie le set. Et puis il y a dans son registre, reconnaissons-le, des encarts rock qu’on ne cherchera pas à endiguer. Son mélange est osé, vertigineux parfois, acéré, parfois plus posé.


Youv Dee + public.

Ca pulse, ça cogne comme j’aime. Festitude et béatitude, ça rime et Youv Dee, animé par une rage dans laquelle l’étudiant se reconnait, une énergie qu’il a su lui transmettre sans atermoiements, me parait “à c’t’heure” presque crédible. Timide dans le quotidien, il lâche la bride lorsqu’il foule les planches, en phase avec un band lui aussi mordant. Il cartonne, à l’instar de cette Suzane au registre pourtant sans réel relief lors de la récente JAE. L’assemblée, elle, n’en rate aucune lampée. C’est ce qui compte, au delà de l’avis du “grand ponte” qui n’est jamais là ou encore de celui qui détient la vérité sans jamais s’y frotter. Youv Dee grimpe au pylône, l’un de ses collègues slame, la jeunesse hurle sa liesse. Il tombe le haut, la gent féminine ne se tient plus ou plutôt si, elle se cramponne. A la crash barrière, à nouveau en place. Je shoote, avidement, ces faces qui me font face et, souvent, m’offrent des sourires aux yeux brillants. Je n’aurai jamais, dans ma cdthèque, de “skeud” de Youv dee mais reconnaissons-le, il met ses convertis dans un état second, là où le tracas n’a plus ses droits. C’est la débauche, ouverte, un brin déviante parfois mais n’est-ce pas là, quelque part, le propre du live?


Youv Dee + public.

C’est, en tout cas, l’un des éléments qui le rendent unique, galvanisant. Youv Dee, éclectique, détenteur du Prix du Printemps de Bourges – iNOUïS 2018, vibre et me fait douter. Et si, derrière cet aspect “opportun” que j’ai cru déceler, il y avait bien autre chose? Du talent, tout simplement, doublé d’une capacité à transporter les foules, qui pourrait l’emmener loin? Au vu du live de ce soir, on peut le présumer. Ca parle à la “youth”, en transe. Une armée de smartphones, brandis comme des témoins de l’ouragan en cours, forme un rai lumineux. L’étudiant, wild and young, lâche la rampe. Il s’en souviendra; nous en ressortons tous, d’ailleurs, marqués et éprouvés. C’est ce qu’on est venu chercher: de l’action, de la sensation, de larges parts d’émotion dans lesquelles toutes les filières croquent à pleines dents. Festitude se clôt joyeusement, dans un raz de marée de cris et de furie, d’une manière qui ne laisse guère planer le doute sur l’impact de son final. Place au labeur, maintenant, pour ces étudiants à la vitalité réjouissante dont nombre d’événements viendront prochainement baliser et optimiser le quotidien.


Le public.

Photos William Dumont.