⊙ – L’Effondras “Anabasis” (Medication Time Records/Araki Records/Kerviniou Recordz/98db, 21 mai 2021).

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Trio instrumental de Bourg en Bresse, ⊙ – L’Effondras unit Pierre Lejeune (Guitar), Raoul Vignal (Guitar), qu’il est bon de retrouver dans une formule sensiblement différente de son folk habituel, et Nicolas Bernollin (Drums). Anabasis est son troisième album, déjà et s’il en comporte certaines traces, je ne peux me résoudre à le qualifier de post-rock. En effet les comparses, occupés à dresser un édifice qui ne revient qu’à eux-mêmes, outrepassent clairement les limites du genre et construisent, sur des formats étirés, des vignettes sonores à la fougue magnifique. D’instants contemplatifs en ruades bien senties, pétries de classe et de beauté, ils réalisent l’exploit, car c’en est un, de rendre l’instrumental exclusif, ou presque, digne d’intérêt. The Grinding Wheel, première des cinq pièces enfantées, les voit marier finesse, sans lassitude à l’arrivée, et griffures dont ils ont le secret. Leur sens de l’ambiance, affirmé, fait le reste. Ce que révèle l’éclipse, au delà des dix minutes, pourrait pourrait mettre nos nerfs à l’épreuve. Sa durée n’empêche pas son impact, le morceau affirme même la cohérence de l’opus dans le sens où la succession des plages ne laisse guère prise à l’envie de s’en écarter. Dans le genre ici privilégié, c’est chose rare en ce qui me concerne.

Il faut dire qu’en l’occurrence, nombreux sont les changements de cap. Bien amenés, ils convoque fougue et groove, coups de semonce et répétition qui reste dans le crâne. Il en va ainsi, tout particulièrement, sur Ce que révèle l’éclipse. Et pas seulement car c’est ce procédé qui, récurrent mais couplé à d’autres vertus, valorise Anabasis jusqu’à le magnifier. On y trouve, aussi, un format réduit nommé Aura Phase, aux airs d’orage bridé, qui lance des éclairs en restant d’azur. Un azur qui vire au foncé, s’obscurcit et montre les crocs en demeurant beau. Co-production entre de belles références indé, on se doit de le noter, Anabasis, écouté dans sa version vinyle, assez fort afin de l’appréhender de manière optimale, vaut très largement le détour.

Avec Anhedonia, oh bordel c’est trop post, m’écris-je! Mais la tempête, bienveillante, vient à la rescousse. Brève. Trop brève. J’accorde ma préférence au ⊙ – L’Effondras sauvage, remonté. Norea, sur près de dix minutes, arrive alors pour instituer l’alternance dur et doux. Il offre même, fait plus qu’appréciable, des voix. Celles-ci, plus fréquentes, créditeraient à mon sens, plus encore, l’effort du groupe. Lequel, sur le terme de ce final, durcit le ton et finalise un album immersif, après quatre années de silence enfin trompées par un disque en nerf et en beauté, à se passer à volume élevé pour en faire émerger toute la teneur.

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