Dye Crap “Dye Crap” (Kids are Lo-fi Records/Le Cèpe Records/Time Room Records, 30 avril 2021).

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Dye Crap est rouennais, yeah bébé! Maxime : Guitare/Chant, Maryan : Guitare, Léo : Batterie et Serj : Basse s’y associent pour, avec ce premier album digne des autres fleurons de la cité normande (We Hate You Please Die, MNNQNS, Unschooling, Agammemnonz, Bungalow Depression; j’en passe et ne parle pas des incontournables Dogs, pour évoquer les historiques), livrer un produit indé pur jus. Un disque entre mélodies sucrées, giclées fuzz et traceries énergiques dotées de “wouh-hou” super de chez super (Still wasted, mazette, même pas deux minutes direct dans nos coconuts!). Le tout sous l’égide d’Adrian Depinay (MNNQNS), dans un corps de ferme dont le cachet a visiblement eu son influence sur certains titres, Candies en tête, avec l’usage d’un vieil instrument désaccordé trouvé dans les lieux. Dans un esprit potache, émaillé de “fotes d’ortograffe” qui n’empêchent pas la parfaite tenue de la galette éponyme. Et avec brio, svp messieurs-dames car chez Dye Crap, c’est un peu comme chez les collègues: on débarque, on met des hymnes en boite, et c’est marre. Même que d’emblée My shits, qui tutoie l’excellence d’un Johnny Mafia, enthousiasme ET la rive gauche, ET la rive droite. Il arrive dans ma ville d’Amiens, pas si loin, et je compte bien le faire sonner dans les chaumières. Pas que lui d’ailleurs car c’est tout l’truc, drôlement bien foutu, qui mérite d’être bouffé par nos platines.

Je déconne pas, le tonitruant Booze cruise vous déferlera sur la gueule et euphorisera toute la maisonnée. Du garage joué dans la grange, qui envoie du bois et fait péter les poutres. Il va de soi qu’on prend, d’autant plus que les formats courts du quatuor lui assurent une efficience redoutable. Si tu doutes encore, le Still wasted nommé plus haut saura te persuader. Les mecs sont prêts au combat, en atteste Fight et sa vigueur punky qui me fait, de loin, penser à Wire. Forcément, c’est un compliment. Tempo fou, mélodies électrisées, défouraillage sans ménagement. A l’arrivée, une pépite qui donne la frite, arrosée au vinaigre sonore.

On poursuit donc. Gameboy (c’est un peu des enfants ces quatre-là, voilà pourquoi ils se montrent si frais et spontanés) pète les manettes, offre des choeurs qui sucrent le coeur, des airs ardents passés à la ouate poppy. Des envolées de guitare, aussi, savoureuses. Cherche pas la faille, reprends plutôt une bouchée de Candies. Déflagratoire, boursouflée, fuzzée et truffée de sons délirants, légère aussi, la chanson fait mouche et te déborde de la bouche. Trop bon! Et beau, également, dans le décor choisi. C’est d’la galette Arlette, Cooloroonie fait briller ses ritournelles. Puis eh ben…il accélère, encore plus meilleur que tout qu’est-ce qu’on espérait! Dye Crap, viens un peu là que j’te foute une bonne note! Accentuée, d’ailleurs, par Abandon Ship et sa relative paisibilité. Six minutes, ou presque, de sensibilité un brin écorchée mais sans que ce soit trop. Avec tout de même, et c’est plutôt de bon aloi, des brèches bien soniques.


Photo Jean-Paul Groove.

Tout est bon Yvon, tous les voyants sont au vert Bébert. Le bazar se mue en bolide, furieux et fonceur. Ca dépote grave de chez grave, on y entend même, si si, des sons un peu 70’s. Impossible à endiguer, ça se termine en fracas noisy. A ce moment là, il nous reste deux perlettes à gober. Daily routine d’abord, qui lui aussi dépasse les cinq minutes. De passage polis en envolées dont les tons m’évoqueraient une forme de shoegaze, on continue à gazouiller, trop heureux que Dye Crap s’occupe de notre cas. Il le fait avec agilité, Ennemies et son groove bass-batt’ infaillible instaure pour finir une durée à nouveau étirée. Très vite, il se transforme en planerie psyché-sonique à la hauteur de ceux qui l’ont prise (la hauteur). Dye Crap est bien loin, comme le début d’album aurait pu le présager, de s’en tenir à du direct juteux.

Au lieu de ça il reste ouvert, attentif à toute voie s’offrent à lui et à ses idées, nombreuses. Ca lui réussit, le résultat est étincelant. On l’écoute fort, Rouen est bon et Dye Crap y a une place de choix, légitime. Qu’il n’hésite surtout pas, un de ces quatre, à v’nir mettre eul’dawa dans nos campagnes. On sera tous là, prêts à gigoter au son de ses dix morceaux qualitativement imprenables.

Bandcamp Dye Crap / Bandcamp Kids are lo-fi / Bandcamp Le Cèpe Records / Bandcamp Time Room Records