Hassan K “Isteghna” (Cheap Satanism Records/Extra Normal Records/October Tone, 30 avril 2021).

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Hassan K est le projet de Keyvane Alinaghi, artiste franco-iranien basé à Lille. Celui-ci, versatile dans ses rendus, fait valser les genres depuis 30 Birds (janvier 2012) et après quelques sorties d’une teneur tout aussi tourneboulée, on ne peut pas dire que son cas s’arrange quand survient ce Isteghna qui lui vaut la coprod’ de trois labels de choix, indé à bloc et suffisamment ouverts pour accueillir ses captivants délires. Pas d’atermoiements, pour ouvrir le bal coloré la surf-music de Gardgiri galope, se cuivre, s’orientalise. On est déjà catapulté, de force, sur une piste savonneuse, où les changements de direction se feront avec maîtrise et brusquerie. Si le lancement est donc “surfy”, Akvan instaure, lui, un black-doom beuglé aux effluves électroïdes et chant beuglé au ralenti. Fichtre! On s’accroche au bastringue, secoué de toutes parts! Ca riffe hard, en deux morceaux et pas un de plus le spectre parcouru est d’ores et déjà étourdissant. Créatif au possible, sans chaines ni oeillères, Hassan K poursuit son riffing bourru avec Imaginatio Vera II, qu’il décore d’un tapis d’orient parfois volant. Et qu’il amène, farceur, à s’emballer sous le joug d’abords…surf.

En dépit d’une certaine complexité ses compositions, souvent réduites en durée, ne partent pas dans des méandres préjudiciables. Bâgh joue avec les sons, prend des airs de danse mondiale endiablée, subtile dans sa parure. Isteghna est un disque riche, dense, qu’il convient de dompter avant de complètement le saisir. Zarâfat surfe, presque posément. Quoique…on a toujours droit, et c’est ça qu’est bon, à des encarts inédits, à des temps où le posé s’efface au profit de l’osé. Ca doit suer, en live, quand le bonhomme fait gicler sa mixture. Vivement…! Bon je m’égare, sans crier gare Malakût balance une noirceur “métalorientale” ornée par des incrustes orchestrales. Seule manque, car elle n’est qu’éparse sur Isteghna, la voix. J’en aurais mis partout ou presque, histoire de donner un surplus de coffre à un opus qui, déjà, est loin d’en manquer.

Né du désir d’insuffler amour et orientalisme dans un monde devenu mirage, Isteghna est une foutue porte de sortie, aux multiples atouts. Tarîqat, en son début, sonne comme un Altın Gün. Mais sans tarder il virevolte et piquote, rythmé et saccadé. Musicalement borderline, Hassan K truffe son registre de guitares féroces, nous laissant dansants et béats. Ouvertement lié à ses origines, il se fait Perse et s’appuie sur ça pour bâtir des instrumentaux enivrants (Tasâdofan). Ah non tiens, un chant féminin s’invite! Brièvement certes, mais il amène un souffle sensuel et mutin du plus bel effet. Les motifs s’entrechoquent, tribalisent le morceau. Puis Barzakh, lame de fond indus-métal “folklorientale”, puissante, ingénieuse, renverse les quilles. Le Nordiste pose des notes jazzy, puis réinstaure ses riffs pachydermiques. Gounâgoun suit, porté par des percus vibrantes et assénées.

Notons bien qu’ici, c’est Hassan K qui, seul, prend les commandes de son album en termes d’écriture, de jeu et de production. De bout en bout. L’artwork est signé Norma, le mastering Nîm; c’est là la seule intervention “extérieure”. C’est dire le mérite du gaillard, dont Charq met à nouveau en exergue la capacité à transcender la surf. A lui conférer folie et déviance, beauté et dansabilité. On imagine, alors, la trogne des puristes.

On s’en balance en fait, Isteghna est lui éclaté, fédérateur, sans dédain ni nombrilisme. Ouvert à l’autre. Sur le titre en question les boucles, encore, fusent et pulsent. Si tu restes de marbre, ton souci est réel. Ou bien, tout simplement, ton esprit est un peu trop étroit. Qu’à cela ne tienne, Haqq Al-Yaqîn ondule et se fait sauvagement feutré. Il nous emmène, à nouveau, vers des terrains nouveaux. Des contrées salvatrices, dont les reliefs surplombent le tracas et lui substituent une fantaisie, une forme de démence musicale en sacré pied de nez au lissé ennuyeux, au normé sans relief ni idées. Raison de plus pour adopter Hassan K, artiste penseur et défricheur, et sa kyrielle d’ oeuvres singulières.

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