Doric “Great Dead Cities” (Young and Cold Records/5th Floor Entertainment, 7 février 2021).

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Projet solo d’un Grec nommé Stathis Leontiadis (Data Fragments, Human Puppets, Exetix, Plexiglas), Doric fait dans le “synth” en volutes prenantes, un brin 80’s, qu’une voix accompagne avec une certaine emprise. L’artiste sort des disques depuis déjà dix ans, ou presque, et se fend ces jours-ci d’un Great Dead Cities qui vaut le détour, sorti sur le label 5th Floor Entertainment. Une mine à découvertes que cette structure, à l’image de Young and Cold Records qui se greffe à la sortie de l’objet. Mais revenons-en à l’objet de ces lignes: Shades, spatial et mesuré, froid et lent, inaugure, sans jamais être dans le dur, la collection de huit morceaux de valeur qui nous est ici livrée. Si le ton, en l’occurrence, est bridé, avec Start Of The Lie on se situe d’avantage dans une attaque synth-punk. J’entends par là plus urgente, dotée, à nouveau, de ce chant qui fait dans le mélancolique empreint de ferveur. Ceci sur fond de machines minimales, aux nappes qui auront bientôt envoûté la plupart d’entre nous. L’effet est, notons-le, immédiat. Machines: Korg Kr-55, Roland Tr-505 Rhythm Composer, Roland Tr-8s; Synths: Dreadbox Typhon, Korg Arp Odyssey FS, Moog Minitaur, Minimoog Model D, Octave The Cat Srm, Sequential Circuits Six-Trak -c’est dire si ici le clavier est roi- utilisés pour l’occasion, s’embarquent dans des airs (The Breach) aux confins du cold et du guilleret, immanquablement attrayants.

Des descentes de toms bien 80’s font leur apparition, A-Live file et se fait saccadé. L’unité est de mise, Leontiadis n’a surement pas pour but de complexifier son registre, qui sous cette formule entièrement tenue impacte et rallie à sa cause. Images l’aide dans sa tache, il porte des traces d’EBM et se montre comme beaucoup d’autres enlevé, céleste dans ses boucles. Dans l’économie de mots et de sons, en dépit d’un arsenal de machines très fourni, Doric touche au but et marque des points. Son Great Dead Cities n’inclut aucun temps mort, encore moins de ratés. Il est vif, inspiré et ΟΡΧΗΣΤΡΙΚΟ Νο.5, en instrumental truffé de sonorités aux allures de jeux pour enfants, poursuit sans faillir. On retrouve les vocaux sur Something To Hold, brumeux mais soutenu, qui amorce la fin des réjouissances synth en conservant des atouts intacts. C’est sans difficulté aucune qu’on s’amourache des compositions, entre froid et chaud, entre relative retenue et tempo appuyé.

C’est Cities Are Dead, enfin, qui assène dans un climat synthétiquement étoilé, mais refroidi par la voix, la dernière canonnade où susurrations de fin et tons cold récurrents font bon ménage. Dans une approche réduite, donc, à des ingrédients sans poids si ce n’est celui de l’attrait qu’ils exercent, des ambiances qu’ils génèrent, Doric signe un album concluant, (me) permet la découverte d’un label à suivre, en plus d’un autre déjà connu de mes services, et poursuit sa route en asseyant, non sans maîtrise, une discographie qu’on peut d’ores et déjà considérer comme complète et bien pourvue.

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