Gaz Newton “Loveheroin” (My Dear Recordings/Kurokeno, 12 mars 2021).

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Oh putain, oh bordel (pardon, dame Bienséance…), du 90’s tubesque d’aujourd’hui! Gaz Newton, quasi-Américain né en Savoie et créchant à Lyon. Tu captes rien? Moi non plus, mais son Loveheroin va tous nous mettre d’accord. Grammaire Pixies, syntaxe Weezer, production de l’opus par une Pamela Hute shootée à l’indé, t’en veux encore? En voilà donc, puisque tu fais le difficile: le mec fuzze sans trop de retenue, kiffe Pavement et la lo-fi, n’a pas de failles et te convie à ripaille. Sur dix titres qui méritent le titre, il te met à genoux, lance dans tes sens de la mélodie qui fait sens (TMTTG, premier morceau devant lequel tu fondras et t’agiteras), fait son Boogers quand il est question, magistralement, de livrer de l’hymne indé par pelletées entières. City song, avec ses guitares jubilatoires, ses airs pop en drogue mélodique, en fait partie. Trop bon, joyeux et pétillant, avenant et rockisant. J’ai 30 ans de moins quand Loveheroin sonne dans mes méninges. Asshole s’y pose, porteur de pourtours plus polis que son patronyme mais aussi bourrus, de grattes qui font sautiller de partout. J’en reprends une goulée, la potion est trop bonne.

Colorado, à partie d’une base folk aux sifflements détendus, suinte la coolitude façon Malkmus, l’évidence en bandoulière. Si tu n’as toujours pas capitulé, The river t’emporte dans son flux pop étincelant, dans sa fraîcheur subtile et enlevée. Newton met les Gaz, flirte sur son titre éponyme avec la rough-wave d’un Structures; vocalement, et les envolées de Black Francis et consorts quand ses guitares crissent. Et quand ses refrains, exaltés, pètent la à la gueule de celui qui n’adhèrerait pas encore. Alors que The silence, paisible mais comestible, fait dans l’irrésistible. Du miel, qui n’oublie pas de s’envelopper dans de brefs passages sauvages. Un délice encore meilleur que du pain d’épices, accentué par Into a spin et son attaque puissamment pop-rock. Tu en réclames? Tu as là tout ce qu’il te faut pour tournoyer, pour t’y noyer, pour t’enivrer de torrents 90’s dignes de l’époque visée. Tout ça en 2021, avec le son de ce jour mais sans trop de vernissure.

Boy on phone, te sachant converti, te bercera d’abord. Caresses d’allégresse, écarts des guitares, charme pop et crème glacée rock. Chantilly mélodique, sable fin indé. On t’a gâté, t’as bien fait de rester. Mustango, espièglerie Pixienne vicelarde et valorisée par une charrette de sons polissons, t’empêchera de mettre les voiles. Il me glisse à l’oreillette que bientôt sort le nouveau Mustang, pas mal non plus. Vocaux canailles, ton gentiment obscur, le Savoyard-Lyonnais finit par hausser le ton et damer le pion à ses adversaires. Ceci dans l’élan le plus sincère qui puisse être, avec, à la clé, une troussée de chansons imparables qui ne viennent pas d’un incapable. Réussite définitive, sachant que l’essai en question n’est pas le seul faits d’armes de l’artiste qui, derrière lui, traine déjà une probante série de sorties valeureuses et persuasives. Celle-ci étant, pour le coup, entièrement joué et produit par Gaz himself et Pamela Hute.

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