Tamar Aphek « All bets are off » (Exag’ Records/Kill Rock Stars, 29 janvier 2021).

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A l’annonce de la préparation d’un album, après l’écoute de ses premiers sons, déjà ensorcelants, il me tardait d’entendre l’objet. Je subodorais, sans douter la moindre minute, un mix élégant et sulfureux de classe et d’ardent. Tamar Aphek, de plus, est belle, mutine, couronnée « déesse de la guitare d’Israël ». Sa formation au conservatoire, après les chorales à l’enfance puis le piano, l’a menée…au rock. Guitare en main, elle se sent comme gouvernante de ce monde et éprouve des sensations sans précédent. Mais vocalement, elle nous séduira tout autant et All bets are off, son premier album qui sort sur deux foutues structures de référence, renvoie un éclat sauvage magiquement ensorcelant. Le kraut-cold de Crossbow, de suite et avec caractère, nous flanque par terre. C’est un tonnerre racé, bruyant et voluptueux en même temps. Les guitares transpirent, délirent et donnent de la trame addictive à tout-va. Ca s’arrête soudainement, on a déjà la tête dans le sac…à décibels. Alors Russian winter, froid et psyché, réchauffé par la voix de Tamar, gronde et bouillonne à son tour. Psyché et sonique, c’est une seconde « bullet » que personne ne pourra, et ne cherchera à, esquiver. « Essaye même pas », dirait le lascar du coin.

Tout ça nous amène à Show me your pretty side, entre le climat d’un Elysian Fields et la distinction d’une PJ Harvey. Derrière sa confondante beauté, le morceau se vice. Magnifique. La réputation de la Dame, épaulée avec aplomb par deux bonshommes qui eux aussi s’y entendent, n’est plus à faire. Dotée de tels titres, elle peut viser haut. Son All I know, lente plage climatique pas loin d’un Mazzy Star (là encore, on tutoie aisément les références), la voit calmer le jeu mais s’accrocher aux cimes en termes de qualité dans l’effort. Drive, dans un rock à mi-chemin du dark et de l’éclat chanté, ne la fera d’ailleurs pas décroitre. Ses encarts fumeux, son tumulte venu de la batterie lui filent de l’allure en plus, lui qui en regorge déjà. Too much class (for the neighbourhood peut-être?), voilà que Too much confusion fait déferler sa patine bluesy/psyché finaude mais troublée. Quand elle parait s’assagir, Tamar conserve un fond ombrageux, prêt à s’enhardir. On aime.


Photo Rotem Lebel

Beautiful confusion, suivant une ambiance qui elle aussi se veut feutrée mais hérissée, resserre l’étau. All bets are off est un opus dont l’emprise est forte, qui trouve sa source dans une sérénité tourmentée mais aussi dans des flux impétueux. Sur le morceau en question, un embardée acide se fait valoir. Là aussi, on tombe sous le charme de ces élans qui resplendissent dans leur parti-pris sauvage. L’album a du relief, des aspérités, qui en font une pépite totale. Nothing can surprise me, alors qu’il faut déjà, ou pratiquement, se dire au revoir, impose à son tour un doux orage, majestueux mais aussi piquant. Dans ce dosage entre les tendances, Tamar est reine. Tamar, on n’en a jamais marre. Sur ce Nothing can surprise me, on croirait, par moments, Hendrix barré dans ses jams avec Noel Redding et Mich Mitchell, le tout agrémenté d’un chant qui fait son effet sur la durée.

A l’issue, As time goes by sert une forme de folk-indé un brin orchestral, lo-fi, qui conclut dans un certain apaisement. Dans l’option voulue, le trio est à nouveau performant. Je maintiens, plus que jamais, mon avis de départ: All bets are off, et sa divine autrice affublée de ses complices sans faiblesses, sont à classer parmi les immanquables de ce début d’année. Leur premier essai commun, entre éclairs et brise légère, n’admet pas la moindre critique négative. Il est même, au fil des écoutes qu’on lui accordera, de plus en plus fascinant.

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