Wassailer “i, the bastard” (Empty Streets Records/Because Music, 27 janvier 2021).

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Wassailer, londonien déjà connu en tant que compositeur, arrangeur et “rythmeur” des albums et tournées de (We Were) Evergreen, a débuté en produisant ses morceaux sur cassettes, dans un sous-sol et à l’aide d’un micro acheté via ses premières économies. Il a tâté du rock, l’a quitté pour ensuite se plonger dans la sphère des musiques actuelles. Il fait montre d’un intérêt très pluriel, passe par un job de serveur, devient DJ. Il découvre Glasgow, Manchester, Newcastle, Bristol et Sheffield. Il oeuvre de pair avec une chanteuse de soul-jazz à la recherche d’un multi-instrumentiste pour développer des ateliers à Londres, à l’attention des publics suivants: femmes battues, autistes ou étudiants “tout juste” curieux. Entre autres activités, et pour résumer la longue route du bonhomme. Le tout librement, jusqu’à imprégner ses travaux, et par conséquent ce i, the bastard pétri de divers courants urbains, de son parcours riche et erratique. Un disque, de ses propres termes, où il a mis son âme et son coeur, ce qui l’a amené à se sentir plus vulnérable que jamais.

A l’écoute, la découverte est pure, soul et paisible mais prenante, nourri de sons qui peuvent dépayser, de mouvances qui se croisent sans se heurter. On y évoque addictions, liberté, ras-le-bol et humanisme. L’opus est donc profondément humain, il sonde l’être. Foreplay, dans une vague électro-soul finaude que des sons malins entourent, caresse déjà, et pour commencer joliment, l’auditeur. Il prend une tangente, rythmiquement, un brin hip-hop. Le début de Trad le bien nommé, après cela, déstabilise dans le sens où ses notes de…flute, me semble t-il, portent l’imaginaire. Musicalement, on se situe encore à la croisée des courants, porté par un doux remous. L’Anglais amalgame ça remarquablement, son chant renvoie tout à la fois subtilité et sensibilité. Miss Trolleys ondule lui aussi, sans violence mais avec vie.

Tout en ratissant large, Wassailer élabore un album cohérent, qui ne se délite jamais. Sur la base d’ingrédients mesurés, bien assimilés, il fabrique sa propre grange sonore, chaleureuse. Celle-ci groove et touche, de temps à autres, à la largeur d’un Cake ou d’un Soul Coughing (Domestic Dogs Barking), voire Bobby Sichran. Aussi fragile qu’assuré, Wassailer signe un Son saccadé, trip-hop, nacré de touches jazzy. En sacrant l’union du mot et du son, il touche juste. J’aime le tumulte, l’agitation. Le sien est plutôt ouaté, feutré mais animé, et ça me va. Il existe ici un sens de l’assemblage, de l’arrangement, une vérité audible, qui aiguise le plaisir de l’écoute. Le vécu de l’artiste, sur ce Ghosts (feat. DemiMa & Johnny Woodham) par exemple, où secousses jazz cuivrées avenantes et voix de “guests” judicieusement invités, déteint sur son ouvrage. Going to the Club met au duel deux voix qui différent, se déroule tranquillement avant de se faire plus vif. Soul-jazz, serpentant, trip-hop, un tantinet trad, i, the bastard est un peu un…bâtard musical, car difficile à classer. Mais réussi.


Photo David Holt

Three Dots in a Bubble s’en tient au raffinement, jamais lassant, qui colore l’album. Ce dernier suscite volupté et immersion, Settlement en accentue le pouvoir de “transport” direction l’inédit. Le morceau, de plus, est vivace. 242 revient à un cheminement plus posé, aussi concluant. Ses petits encarts dénotent joliment. Enfin Song for Elsa, complètement apaisé, conclut de manière épurée un disque accompli, dont le calme occasionnellement chaloupé n’entrave en rien la qualité générale et l’attrait aussi bien musical que lié à ses climats sécures.

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