Laetitia Sheriff “Stillness” (Yotanka, 6 novembre 2020).

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Quatrième album pour Laetitia Sheriff, c’est tout sauf une bad news. Elle y parle du besoin de se retrouver: on la suit donc, d’ores et déjà, dans son discours. Et tout autant musicalement car la Dame, aiguisée par un parcours riche et ouvert à l’autre, sait faire depuis belle lurette. Son Pandemonium, Solace and Stars (octobre 2014) était excellent, digne de ses aptitudes et je ne tarderai pas à le prétendre: Stillness n’a absolument rien à lui envier. On y trouve dix morceaux où la feutrine à la foutue classe (Pamper yourself) succède à des instants nettement plus tranchants (Sign of shirking, orageux et bondissant; une pièce rock majeure), tandis que d’autres marient les deux tendances en frisant le zénith (A stirring world, à la fois lourd et atmosphérique, aux guitares bourrues), à l’image de l’intégralité de ce nouveau support. La rennaise est ici épaulée par son compagnon Thomas Poli (Montgomery, Dominique A, ESB) aux guitares et au synthétiseur analogique et de Nicolas Courret (Bed, Headphone, Eiffel) à la batterie. L’opus a été enregistré au plus proche des conditions live, ça s’entend et fatalement, ça accroit sa vérité. Thomas Poli s’est chargé du son, travaillé sans en dénaturer la spontanéité.

On a donc là tout ce qu’il faut pour réussir et People rise up, un hymne/appel à l’insurrection des consciences, livre un fond vicié-élégant à la Deus, irrésistible. Le timbre mutin et charmeur de Laetitia, au caractère certain, fait le reste, la tension du morceau en remet une belle louche. Ca monte en puissance, ça gagne, vite et sans rémission, en séduction. We are you, passé le Stirring world nommé plus haut, souffle un rock cuivré un tantinet funky en son début. Laetitia, qui rappelle ici l’urgence -de faire face, de réagir, d’ouvrir les yeux-, est l’une des nos reines indé. Elle marie, à la manière d’une PJ Harvey, ressenti et énergie brute. Son Deal with this aux voix rêveuses est une merveille de pop à guitares mélodique, façon Breeders, aux mélodies étincelantes.

Pamper yourself se distingue par son léger ombrage, son climat retenu. A chaque titre son attrait, affirmé. Sign of shirking griffe, se fait insolent. Son break le voit, à l’issue, repartir de plus belle. Sheriff aligne les morceaux de choix, de notre côté on ne l’a guère (le choix): on succombe. Go to Big Sur, dans le vent, doté de touches à la Calexico, élève plus encore les débats. Outside suit, on sent qu’il bride ses notes. Il se saccade, gagne en allant, en impact. Stillness vaut autant par ses progressions, bien dosées, que par ses ambiances constamment prenantes. Ses mélopées attirent elles aussi, incitent à la réécoute. Stupid march, de son rock offensif, pesant et ravageur, grimpe l’avant-dernière marche d’une ascension incoercible. D’un album irréprochable, Laetitia Sheriff balise un retour remarquable. Stillness revêt des formes variables, loin de n’être que Calme. Quels que soit ses penchants, il exerce une attraction à laquelle on cède sans rechigner.

Avec Ashamed, on s’inscrit à nouveau dans une finesse dont on sent qu’à tout moment, elle peut se fissurer, imploser. Bien ornée, elle clôt un album à l’élégance jonchée de remous, de motifs décisifs, qu’on n’a pas fini de jouer fort en incitant, comme le fait ici Laetitia, à l’éveil et à l’insoumission. Lesquels trouvent en ce Stillness le plus bel écrin qui puisse être, ouvragé par une équipe solide et assurée.

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