Sinaïve “Dasein” (EP.Buddy Records/Fun Club,23 octobre 2020).

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Strasbourgeois, Sinaïve se réfère à Spacemen 3 ou Jesus & Mary Chain, ou encore à l’indé français 80/90 comme Dominic Sonic ou Seconde Chambre. D’entrée de jeu, ça fait se dresser l’oreille. Dasein est son troisième EP. On y trouve cinq morceaux au bruit qui plaira, la route débute sous l’effet prégnant d’un Paradoxe français noisy, souterrain, aux voix venues d’ailleurs. Un chant réel s’y substitue ensuite, tiens donc!, on dirait le Diabologum des débuts. C’est un régal, le brouillon des guitares ajoute à l’impact de ce premier titre qui donne l’envie d’en entendre plus. L’opposition entre organe doux et instrumentation agitée, minimale, attire le quidam. Me retrouverais-je, à nouveau, avec de méritants Alsaciens en capacité d’honorer la scène du pays? On dirait bien! Les bougres aiment, de plus, faire leur Velvet de maintenant (Syndrome de Vichy, qui évoque lui les Liminanas version lente, fuzz atténué. La duo de voix est beau, sensible. Il trouve vêture dans des guitares aux giclées bridées mais bruitistes, tout de même, comme on aime. On y met des choeurs, bim bam boum le tour est joué! Nous voilà en présence d’une seconde réussite indéniable.

Poursuivons donc, le bon bouillon s’avale jusqu’à se faire péter la panse. Je remarque le groupe a eu les honneurs de Magic, par exemple. Masse critique riffe fort, ça annonce une vague de fougue passée au filtre d’un chant tellement caressant qu’il a pour effets d’apaiser les âmes. Sinaïve n’en fait jamais trop, il enfante avec maîtrise son bruit à lui, dont émanent des influences perceptibles, c’est un fait, mais mises au service d’un cheminement individuel, bien intégrées. Il y a du shoegaze dans les atours rêveurs, du “Sonic” et de la mélodie, tout ça s’imbrique et au final, ça casse des briques tout en construisant bancalement…pour finalement tenir droit.

Eternel retour, avec grattes de bravoure et lézardes à la manière des frères Reid, laisse les vocaux prendre de l’ampleur. Moins sages, ils s’acoquinent parfaitement avec l’ébullition des instruments. Sur la fin se déroule un drone, de la même grisaille que l’existence de ceux qui galèrent et qu’on écrase. Ou qu’on tente d’écraser. On éprouve du plaisir, en tout cas, à l’écoute de Dasein. Rien n’y flanche, l’approche est décalée et le rendu sans failles. Du coup ça passe vite, il est déjà l’heure de rentrer à la casbah mais Avec elle, perlette façon Mazzy Star/Velvet, termine le boulot en ballade pure et souillée, sous perf’ My Bloody Valentine éthérée. Je retourne illico, de ce fait, à Paradoxe français pour valider d’une deuxième audition l’ep de ces quatre êtres (deux hommes/deux femmes, parité assurée!).


Photo Christel Schimmel

Je valide donc, il ne s’agit certes que de mon avis mais Sinaïve mérite de façon certaine qu’on s’intéresse à son cas. Apparu en qualité de dissident attaché à combattre la monotonie pluvieuse d’un désert culturel (je cite), il s’acquitte de la mission en nous larguant, lors de la bataille, des morceaux qu’on ne fuira pas, entre déferlantes bruyantes et voix plus avenantes. Avec, par dessus tout ça, des textes qui eux aussi valent notre attention. Le tout sort, de plus, chez Buddy Records (En Attendant Ana, Belmont Witch, Tapeworms), gage supplémentaire de fiabilité sonore.

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