Helluvah “Lonely riots” (Dead Bees Records/Jarane, 16 octobre 2020).

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Projet de Camille Warmé, laquelle a grandi dans la britpop avant d’oeuvrer dans la pop, la folk puis le rock, dans une attitude farouchement indé, Helluvah est d’un apport certain dans la caste musicale du pays. Emotion pills, en 2006, ou encore Long distance runners, en 2015, que précéda un également solide As we move silently en 2011, lui permirent d’asseoir son emprise dans le milieu indépendant donc, suivant un panel qui jamais ne se ferme. Avec Lonely riots, qui a pour thème la rupture amoureuse et les ravages intérieurs, les émeutes solitaires (Lonely riots) qu’elle occasionne, Camille marie Anglais et Français, susurre, fait du bruit, se place quelque part entre Shannon Wright et PJ Harvey. Le ton est rock certes et tant mieux, on s’en accommodera sans peine. Different now, en ouverture, sonne comme une douce tempête. On est là entre le subtil et l’emporté, l’expérience d’Helluvah l’amène à trouver l’équilibre, bourru et parfait, entre les deux options. Des excès s’invitent, on les accueille avec grand plaisir. Sex in the club, plus retenu, se drape dans une étoffe électro-rock climatique avant d’opter pour une pop-rock encore une fois au mitan de la beauté vocale un peu désenchantée, un peu enchantée, et d’élans sombres.

Doué d’un savoir-faire perceptible, Helluvah va, ce faisant, aligner les titres forts. Whisper, ombrageux lui aussi, résulte d’un rock aux relents post-punk. Helluvah trouve de plus, comme à l’habitude, les sons et ambiances qui nous retiendront, nous maintiendront dans l’écoute et créditeront son disque. Le morceau s’intensifie, batailleur. Soleil noir, selon son oxymore et en Français, semble résumer le vécu de Camille. Dans son obscurité à la fois amère et “espérante” dans le chant, il suinte une électro-pop parfaite. J’en suis déjà sûr: connaissant le talent de la dame, Lonely riots constituera pour nous, auditeurs, une lovely riot.

Et puis ce tom dark, à Helluvah, lui va comme un gant. De velours, d’un noir que neuf titres rutilants s’essayent à éclaircir. Destroy, pas des plus engageants de par son intitulé, chatouille Polly Jean dans les hauteurs que depuis longtemps, elle a atteintes. De belle écorce, écorché, serti de sonorités bien trouvées, l’opus dépasse le seuil du “très bon”. I know I know, répète Camille. Encore une chanson rock et bien ornée, à la sensibilité pop qui en remet une truelle pour camper plus solidement encore les fondations de l’effort en présence. La chute, la perte, génèrent du beau, font naître l’espoir et subliment, souvent, la création. C’est le cas ici, Lonely riots est une perle enfantée dans le chaos. Everywhere you go renvoie ce minimalisme magnétique qui jalonne l’album. Dont on mettra en avant la sortie sur deux labels indé de fond en comble: Jarane et Dead Bees Records.


Photo Didier Cluzeau

Elle envoûte, cette rondelle. Un autre morceau en Français, Mon coeur est parti à la guerre, se déploie dans un halo électro-pop aux textures célestes et textes inspirés. Helluvah signe un retour brillant, (re)fait surface en s’appuyant sur un carnet du quotidien sacrément accompli. Qu’elle se rassure; Si elle prétend ne plus savoir aimer, Lonely riots, lui, la fera aimer. Hysterical, dans une douceur dont on perçoit la lente montée en puissance, dans un espace en clair-obscur, lui donne le dernier coup de vernis. Superbe, l’ouvrage d’Helluvah, majeur, épingle un galon supplémentaire sur le costard indé de l’hexagone, doté d’une pléthore de groupes et projets de haute volée dont celui-ci, bien entendu, est partie intégrante.

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