Dominic Sonic “Dominic Sonic” (Barclay, 1991).

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On est en 1991, le grunge et le “rock à guitares” (belle lapalissade) occupent le devant de la scène. Dominic Sonic, signé à la base chez Crammed, s’est fendu en 1989 d’un Cold Tears à mon sens, et je suis loin d’être le seul à le prétendre, légendaire. Plus encore aujourd’hui, pour les raisons que nous connaissons et déplorons tous…
Il n’empêche: le grand Dom’, lui, se fout pas mal des modes. La découverte de cette rondelle éponyme sortie chez Barclay, en compagnie de mon frère et deux amis “footeux” venant d’en faire l’acquisition avant de me l’amener à domicile pour une écoute “à huit oreilles”, nous le dévoile tel qu’il est, tel qu’il a toujours été. Vrai, inspiré. Il joue son rock, lettré et racé, cru et mélodique, qui schlingue l’authenticité et se shoote à l’électricité. Un rock dont, depuis belle lurette, nous nous abreuvons avec d’autant plus d’avidité que le sieur Sonic, affairé, le distille avec parcimonie. Comme un précieux elixir. Ce rock qui inonde un disque éponyme, sans blah-blah irritant si ce n’est celui d’une plume inspirée, brillant de bout en bout. Un opus collectif, à l’image de ce Signe des temps qui ouvre la marche. Signé Sonic avec…Christian Dargelos des Nus et le regretté Frédéric Renaud, guitariste chez Marquis de Sade et..les Nus, il suinte un rock dont la fièvre monte, dopé aux effluves bluesy. Cantat est de la partie, son harmonica orne le morceau avec autant de prestance que le violon de Blaine L.Reininger sur Song of Mister Charles. Sonic se fend, déjà, d’une chanson imparable, suivie donc de Song of Mister Charles. Une composition un tantinet moins tendue, trompeuse dans son côté apparemment avenant, où l’Anglais préside.

Ce cachet de voix, ce timbre, on le reconnaîtrait entre mille. Un brin gouailleur, typé, il constitue l’atout numéro un du bonhomme, entre autres qualités humaines et musicales qui expliquent à quel point on s’entiche. De lui, de son oeuvre. Dominic est le rock, nous disions-nous récemment encore, rassemblés devant un concert de notre cité amienoise. Le violon de Blaine s’emballe, il donne des airs country à ce second morceau probant. Puis Sad Tuesday, d’un rock bourru aux touches folk, enfonce plus profond encore l’empreinte Sonic, sonique. Indélébile. La folle de Saint Lunaire, standard ultime, mettant en lumière l’aptitude du rennais à écrire, magnifiquement. A enfanter des plages qui suent la classe. Le tout en toute modestie.

Comme lorsqu’il reprend, comme pour faire gicler derechef l’encre rock, le Hey Hey My My de Neil Young. Avec la même rudesse, la même vérité que chez le Loner. Avant de livrer, de riffs lourds en incartades bluesy, Why don’t you care for me?. Un titre sulfureux, griffu autant que mélodieux. He used to be, ensuite, faisant valoir la facette mélancolique, ténue, de Dominic. Le tout dans l’intensité, dans une ardeur qui fait pencher la balance du bon côté. La fine équipe mobilisée autour de sa personne, expérimentée, lui concoctant à chaque occasion l’écrin parfait. Tout est normal, clame t-il sur le huitième de ses onze morceaux rutilants. Ses guitares appuient, vigoureusement, le discours. Vincent Sizorn, déjà en vue sur Cold Tears, est de la partie. Son impact me rappelle, émotion non dissimulée à la clé, mon premier vrai concert: Dominic Sonic, à Fort Mahon (80), défendant sans fléchir l’opus cité plus haut. Un live coup de poing, rock, débarrassé de tout fard. Tout est normal…


Photo: Jérôme Sevrette

En fin de parcours, Rootless nation se fait folk, pop. Il trouve place dans une collection de haute volée, magnifiée par All you men et son rock dont la sérénité, soudain, se laisse pourfendre par des guitares mordantes. Dominic y assure tout. Il assure d’ailleurs, ici, partout. Il nous gratifie ainsi d’un deuxième album magistral, accompli. Suivront Les leurres, puis Phalanstère #7 et Vanités #6. Des travaux, à nouveau, majeurs. Pour l’heure c’est Shit song, où un kazoo amène de l’inédit, qui met fin à l’ouvrage en présence. Dominic Sonic et ses fidèles confirment l’éclat de Cold Tears, laissant augurer d’une suite dont on a pu voir, à chaque parution, qu’elle ne faisait qu’entériner le talent d’un artiste dont la disparition, outre le fait de peiner les coeurs de manière irréparable, laisse aux inconditionnels que nous sommes une discographie irréprochable, et l’image d’un homme attachant au possible, magnifique dans son être et authentique dans ses attitudes, d’une gentillesse absolue et jamais feinte.

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