Black Devil Disco Club “Lucifer Is A Flower” (Lo Recordings, 12 juin 2020).

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“Final album” (diantre!), d’après le label Lo Recordings, du Black Devil Disco Club de Bernard Fèvre, présent depuis la bagatelle de quarante ans et des boucles, Lucifer is a flower est…une fleur. Une rose, épineuse, poussant dans l’underground d’une électro atypique, façonnée de main de maître depuis, donc, belle lurette. Mais laissons de côté les honneurs, et penchons-nous sur ces huit titres forts, qui débutent par un Sweet sins à la fois intime et vénéneux. On retrouve, jouée avec maestria -et ça parait, tout ça, très simple: Fèvre ne force pas, il trouve la voi(e)x-, la patte légendaire du bonhomme. Dans l’ombrage mélodique, en recourant à des sonorités auxquelles nous ne sommes pas habitués, qui dévient et mettent de la vie, les fondations sont posées. On est alors envahi d’un “doute positif”: la besogne risque une fois de plus de s’orienter, tout en bifurcant allègrement, vers l’autoroute de la jubilation auditive. Berliner atoll, virevoltant, sent la funk, laisse gicler des sons acides. On a droit, ici comme ailleurs, à des chants hors-cadre. L’envoûtement est immédiat, on n’aura pas à forcer l’écoute. Dans ses champs disco dont il creuse le sillon comme personne, Black Devil Disco Club malaxe -les genres-, triture -les sons- et impose un registre précieux.

Synth is not love, ludique, laisse les…synths, justement, nous rendre in love. Synth is not love, ça m’étonnerait! Le rendu est aussi léger qu’il s’écarte des balises du mainstream. L’organe vocal, à l’instar du reste, attire lui aussi l’oreille. Les sons volent, fendent l’air et jouent de beaux airs. Six six sex, explicite d’emblée, éteint la lumière et traverse l’espace au son de bruits sans équivoque. L’acte est grisant, grisé. On y prend, c’est peu de le dire, grand plaisir.

Quelques râles plus loin, Caresse un opossum entérine un ressenti croissant: Lucifer is a flower is a must. Sur le titre en question, l’imagination sonore de notre homme fait merveille. La texture vocale aussi et au delà de ces faits, l’écoute me ramène à Disco (2011), qui trône sur l’une de mes étagères à enivrement sonique (il s’agit, maintenant, de retrouver laquelle), en termes de sensations en émanant. Bossa snooze, un brin brésilien, va chercher plus loin encore. Sans limites, sans entrave, non plus, à sa -très- bonne tenue, l’album respire la liberté. Ah am alone, vivace, dépayse également. Black Devil disco Club nous égarera, dans ses cheminements sinueux mais aisés à tracer. En revanche il nous gagnera, du point de vue de l’adhésion à l’ensemble de son oeuvre. A chaque sortie, on est d’ailleurs tenté d’aller, tel un junkie de la différence, s’envoyer ses disques dans le cortex.

Celui-ci, c’est avéré, a des airs de reviens-y (et ne repars plus). Il passe crème, s’enjaille dans des boucles ensorcelantes (ce même morceau), ferait danser sous des lumières blafardes une armée de sympathisants. C’est la magie Black Devil, pour finir mister Fèvre continue à chanter en tournant le dos à la norme. D’onomatopées en bruits inspirés, le voilà qui siège un cran au dessus de la nuée de belligérants, armé de ce disque à la perfection que beaucoup rêvent d’égaler.

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