Lian Ray “Rose” (Snowstar Records, 13 mars 2020).

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Ex-Rhesus, groupe pop grenoblois auteur entre autres d’un excellent Sad disco en 2005, Lian Ray a depuis pas mal baroudé. Sa période berlinoise, si elle fut pour d’autres et en d’autres temps synonyme de renaissance musicale, constitua de son côté une ère de désillusion sentimentale que Rose, de sa pop élégante, illustre joliment. Ceci tout en prenant, cela va de soi, un ton désillusionné. On est pour le coup dans des tons un brin orchestraux, légers et mélodiques, qui parfois se hérissent (la teinte rock de Demons, bienvenue). Preface (Rose), piano-voix et dénuement de mise, par tous les pores, suinte le regret. La mélancolie aussi, qui sera le fil conducteur, porteur, d’une série de morceaux aboutis, polis par les ressentis de Lian. L’éponyme Rose, venteux, doucereux, navigue sur un tapis, fin, de cordes. Album de douleur, album de ternes couleurs qui pourtant scintillent la créativité, Rose est une belle oeuvre. Ses pétales, un à un, chutent et charment. Mateo, sur une voie similaire à l’ornement “cordé”, plutôt alerte, met de la vie. Il le faut bien; rien, pour autant, ne prend complètement fin. As happy as possible, disaient les Thugs. Notre homme, signé pour ce disque chez Snowstar Records, pourrait trouver ici une porte de salut.

Dancing like a flame, délicat mais animé, honore à son tour le créneau pop. Avec pondération, Ray trouve…le rai. De lumière poppy, qui génère un éclat allégorique dont l’auditeur profitera pour s’imprégner de l’ouvrage. Maps, alerte sans se départir d’une vêture minimale et judicieuse, validant l’excellence de notre ancien compatriote dans le format choisi. On se sent bien, paradoxalement, dans ces chansons nées du désarroi.

A game, plus loin, marie beauté et rugosité. Le chant, songeur, fait sensation. Pensé comme un hommage au Melody Nelson de Gainsbourg, en porte la sensualité, ici déchue, qui en est l’un des atouts. On ne peut que reconnaître, à l’écoute, un talent certain à Lian Ray, déjà performant, dans un cadre plus directement pop-rock, avec Rhesus. De Sad disco à ses sad songs ci déclinées, communicatives, il dévoile un éventail de choix. Don’t cry blue eyes vole, céleste, gentiment piquant. Anything but you, pimpant, se fend d’un décor subtil, bien conçu à l’instar de la totalité des essais de Rose. Ce dernier attire de par sa musicalité, de par ses atours aussi sombres que, en certains recoins, acidulés.


Photo: Annabell Astalane

Le tout, probant donc, prendra fin au son de Das drama (Epilogue). Un ultime titre à nu, à l’image du morceau d’ouverture. D’une rupture aux conséquences fâcheuses, Ray, désormais installé à Amsterdam, parvient à trousser un album de qualité, intime et personnel, d’une étoffe pop jouée et pensée avec de belles ressources. On lui souhaite, en plus de la résilience, une suite de même teneur, durable et reconnue.

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