Rodolphe Burger “Environs” (26 juin 2020, Dernière Bande/PIAS)

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Sixième album “solo” -on verra un peu plus loin que le terme ne peut résumer l’oeuvre de l’Alsacien- de Rodolphe Burger, Environs s’applique…aux environs. Les siens, ceux d’une région qui lui inspire, tout à la fois, inspiration et sérénité. Après le déjà excellent Good, paru en février 2017, l’ex-Kat Onoma, combo immanquable de nos 90’s dont la classe est ici régulièrement retranscrite, se bonifie encore à l’image du vin extrait de ses…Environs. Entre feutrine à la Bashung au timbre Gainsbourien (l’imparable Bleu bac en ouverture, où le verbe de notre homme stimule l’imaginaire), délicatesse parée d’un fond troublé ou ombrageux (Valse hésitation) et élans crus, foudroyants (Mushroom, de Can), on tutoie l’excellence. Mieux, on la dépasse. Burger s’inscrit, en l’occurrence, dans le temps. As du climat, maître du dérapage sonique, il conçoit un panel passionnant. Musicalement, dans les arrangements, il fait preuve d’un gout, d’une justesse, qui étendent l’impact d’Environs. En chaloupant doucement (Parfume d’elle et son texte derrière lequel niche une jolie tranche de vie), en installant des atmosphères dont on s’éprend, l’opus envoûte. D’embardées légères en coups de semonce à peine jugulés, il livre une humeur changeante, une distinction récurrente, qui le hissent très haut.

Le chant des pistes, intense, s’envole et s’emporte. L’auditeur, l’auditoire, avec. Après nous avoir gratifiés de prestations confinées de tout premier ordre, Burger dépose sa nouvelle livrée, synonyme d’ivraie. le Lost and Lookin’ de Sam Cooke, repris avec sa complice Sarah Murcia, inaugure superbement les covers, personnelles, figurant au menu. Fuzzy, merveilleux, lui fait suite, selon une sensibilité crooner au chant grave et fin. Grant Lee donc, honoré à son tour par un artiste dont les Environs méritent d’être maintes fois investis. Le réfractaire à la reprise que je suis, c’est dire, y trouve son compte. Hugues Reip, allié à Rodolphe pour l’occasion, intervient avantageusement. Rodolphe Burger ne fait pas que reprendre: il dote les morceaux choisis d’une nouvelle vie, d’une nouvelle peau.

Ba ba boum time, émanant des Jamaïcans, plonge la coolitude reggae-dub dans un bain de rock acide, mordant. On en est alors à la tangente rock acérée, dotée d’une “planance” qui fait onduler, de l’ouvrage. Au velours du chant succèdent des éclairs guitaristiques dont Rodolphe Burger a le secret. Grimace, autrement dit le groupe…du fils, s’invite à cette relecture foudroyante autant qu’élégante. Affaire de famille, affaire d’entourage, Environs porte décidément bien son nom. Il culmine, dévie, suit des sentiers verdoyants, un brin sinueux, qui mènent aux cimes. Le Champignon est goûtu, relevé. Bertrand Belin, à ce disque qui transpire déjà la classe, vient ensuite en magnifier, et assombrir, Les danses anglaises. Il récidive le temps d’un Lenz II presque trip-hop, auquel le recours à l’Allemand et la contribution de Julia Dorner donnent du relief et un joli côté introspectif. Les chansons font voyager, méditer. Le pouvoir d’Environs est énorme. Il capture. Gute nacht, d’après des lieder de Schubert Winterreise, souffle un piano-voix “cabaresque” d’un subtil qui danse sur un fil. What you will, au soufre bien mis, nous ramène à l’époque ou Kat Onoma, dans un format à la beauté trompeuse, faisait sensation. Le disque, enregistré dans le studio Klein Leberau de Rodolphe Burger, fleure bon la liberté. A l’instar de Sarah Murcia, un second acolyte à l’apport décisif, Christophe Calpini, en accroît l’impact. Luc Tytgat, l’ingénieur “historique” de Kat Onoma, s’est chargé de mixer l’ensemble. Environs, environnement; on y revient.

Avec Leiermann, en lien lui aussi avec Winterreise, on fait dans une dentelle à même le corps, sans apparats. Sobre, le sieur Burger touche au terme de son Environs. La balade prend fin, mais son terme est magnifique. La chambre de Kat Onoma (remember le splendide “Far from the pictures“, fort entre autres d’un titre éponyme renversant), en duo avec Christophe, se déploie dans une volupté fatale. Philippe Poirier, surprise de taille, en est également. C’est la perle finale, clin d’oeil, dans le même temps, au passé encore très présent et à l’aura d’un Christophe qui, en l’occurrence et tout en discrétion racée, clôture un essai remarquable. On ne se lassera pas d’en explorer les contours, d’en user les mots, d’en découvrir et redécouvrir la forte portée évocatrice. On y jouira, aussi, d’élans rock à mon sens trop épars mais dont la survenue, rugueuse, amène un nerf qui, couplé à la féerie d’Environs, fait de celui-ci un album bluffant de qualité.

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