Dépositaire d’un catalogue de choix, basé sur l’humain et le DIY qualitatif, le “boss” de Toolong Records, basé à Toulon, répond à nos questions.


Albums Toolong Records

1) J’ai lu sur votre site que Toolong était un micro-label, comment tu définis ça ?

Le label est né en 2013, de l’expérience d’auto-production phonographique avec mon groupe El Botcho. Je l’ai créé dans un contexte déjà bien avancé de crise du disque et de recomposition de l’industrie musicale et en m’appuyant sur une démarche empirique, dans un esprit complètement DIY. Enfin, c’est une structure associative, qui rend des services à ses membres (les groupes et artistes) et au sein de laquelle je suis bénévole.

Pour toutes ces raisons, et pour d’autres, j’ai opté pour la modestie. Le terme « micro » met en avant cette approche et également le souhait de privilégier la qualité à la quantité. Cela dit, depuis 2013, le catalogue a considérablement grandi et en 2019 par exemple on a sorti 5 albums, dont 4 en physique, CD et vinyles. Le terme est donc peut-être un peu galvaudé aujourd’hui, mais je le garde, car il fait aussi sens par opposition à des labels plus gros et mieux structurés.

2) J’ai, de suite, noté la qualité et la singularité du catalogue Toolong. Comment arrives-tu à dénicher tous ces groupes et quel a été le premier à être signé chez Toolong ?

Merci pour ces compliments. C’est très touchant, car ça reflète ce que j’essaie de mettre en place depuis la création du label : une esthétique. Géographe de formation, mais aussi graphiste autodidacte, et branché par les arts visuels, j’ai essayé de rassembler toutes ces passions dans un projet de label ancré au territoire. C’est pourquoi j’ai d’abord commencé à travailler avec des groupes locaux. Après mon groupe El Botcho, c’est Boreal Wood qui a été la première signature pour un disque. Mais j’avais aussi commencé à travailler avec Twin Apple sur de l’accompagnement et sur la production d’un clip.

Dans ce cas, ce sont des projets toulonnais, que je connaissais, et des gens qui sont depuis devenus des amis. Sinon je ne déniche pas vraiment. Je m’intéresse à ce qui se passe autour de moi et de temps en temps je suis sollicité par des groupes ou artistes. Pour Somehow, par exemple, le rapprochement a eu lieu grâce au super webzine A Découvrir Absolument. Pour The Crumble Factory, nous avions déjà fait des échanges de dates sur des tournées entre Toulon et Toulouse, et l’envie de bosser ensemble était très forte.

3) Y’a t-il une éthique Toolong, des conditions « incontournables » à pouvoir accéder à vos rangs ?

Comme je te l’évoquais, l’esthétique et la direction artistique ont pris une place importante, que ce soit à travers les styles musicaux, qui tournent autour de la pop indé (au sens large), ou à travers l’esthétique développée dans les visuels, un mélange de fantasmes issus de la culture populaire américaine et d’imagerie locale. L’éthique, s’il devait y en avoir une, ce serait plutôt la bonne entente et un esprit collaboratif et coopératif, une coolitude.

J’aime l’idée d’une grande famille. Même si comme dans les familles, il y a parfois des membres moins impliqués et aussi des embrouilles. Idéalement, la valeur fondatrice du label serait cette devise que j’ai piquée à Courtney Taylor-Taylor de The Dandy Warhols : «  When it’s good it’s fun, when it’s bad it’s funny ».

4) Vous organisez des sessions live acoustiques dans le téléphérique du Faron, à Toulon. En quoi consistent t-elles précisément et d’où vous est venue cette idée pour le moins singulière ?

Je te parlais d’ancrage au territoire. C’ en est une illustration. On s’approprie un symbole de la ville de Toulon, le téléphérique et ses cabines rouges, en y faisant jouer chaque groupe ou artiste du label. On révèle ainsi la géographie particulière de la ville de Toulon et de son agglomération, en prenant de la hauteur entre la rade, la mer méditerranée et les montagnes qui l’entourent. C’est une manière de faire la promotion des groupes tout en faisant la promotion de notre territoire et de ses paysages.

J’ai découvert plus tard que l’initiative existait aux Etats-unis avec ce type de format, et j’ai appris récemment par un journaliste de Fréquence Mutine, une radio brestoise, que cela existait également chez eux. Ca nous fait un point commun de plus avec la préfecture du Finistère.

5) Quelles sont les sorties récentes, et à venir, estampillées Toolong ?

Le 19 juin, on sort l’EP d’un nouvel artiste Hal Manhar. Derrière ce nom, hommage appuyé à une plage hyéroise, se cache Sébastien Poggioli, ancien frontman de The Leeds et bassiste pour El Botcho et LuneApache. Durant le confinement, il cherchait à composer un titre instrumental pour la BO d’un documentaire sur le Groupe LuneApache, qui part à la recherche de la Californie dans le Var (Varlifornia Dreamin’, sortie prévue octobre 2021). Il s’est pris au jeu, et a utilisé la frustration gérée par la privation des vagues pour finalement composer et enregistrer 7 titres de surf-rock instrumentaux, avec l’aide d’Anthony Herbin (leader de LuneApache) à la production, et à la batterie. Le tout en moins d’une semaine ! L’album idéal pour commencer l’été.

Dans le genre ‘sunshine’ on sort le 25 septembre le nouvel album des toulousain The Crumble Factory, « Darling Limonade ». C’est un magnifique album d’indie-pop, à la fois solaire et complexe. Comme je te le disais précédemment, cela faisait longtemps que je voulais travailler avec eux. Ils sont venus me chercher. J’ai failli dire non, car je sortais d’une année éprouvante avec beaucoup de sorties et des échecs commerciaux. Puis le disque a décidé à ma place. C’est vraiment un album très ambitieux ! Sur le vinyle, nous sommes en coproduction avec le Pop Club Records.

Le 16 octobre sortira l’album d’Hifiklub + Roddy Bottum, dont tu as déjà parlé dans ces pages. Un disque de rock tendu et mélodieux, très singulier. Là aussi, l’envie de travailler avec Hifiklub était forte et ancienne. Ils m’ont déjà impliqué dans plusieurs de leurs projets (album, concert, etc.) et je voulais à mon tour que Toolong Records participe à l’écriture d’une page de leur riche histoire.

Et parmi toutes ces sorties, aussi quelques clips, singles à venir.

6) Comment vit la « zik » à Toulon ? Y existe t-il une scène conséquente ?

Je manque de recul et d’éléments de comparaison avec d’autres villes similaires pour te répondre de manière objective, mais ce que je peux t’affirmer c’est que l’on a beaucoup de bonnes volontés et que l’on revient de loin. Notre chance, c’est d’avoir quelques structures de taille moyenne et bien implantées, qui sont à l’écoute, comme la SMAC Tandem par exemple et aussi des structures d’envergure nationale, comme le Liberté, qui ne tourne pas le dos à la scène locale.

On a aussi une particularité, c’est la richesse des festivals estampillés rock, pop, indé : le MIDI Festival, la Pointu, Rockorama (aujourd’hui Mocko), Rade Side, Faveurs de printemps, etc. Et se sont greffés ces dernières années de nombreux acteurs.trices, qui ont contribué à faire vivre cette scène : de nouveaux lieux de diffusion souvent très alternatifs (la Villa Cool, la Bière de la Rade, le Metaxu, le Twiggy) ou plus institutionnels (le Port des Créateurs), et des bonnes volontés (La Cellule Records, Deprofundis Event, L’Eclectique, etc.). Sans oublier Radio Active, notre radio locale.

Derrière tout ça, il y a des personnes motivées et qui, avec peu de moyen, parviennent à faire exister un semblant de scène musicale, qui permet aux groupes d’exister et participent à une émulation pour que de nouveaux talents émergent. Mais ça, c’était avant la crise sanitaire. Tout reste très fragile. J’ai connu Toulon pendant les années Front National. Le terme « désert culturel » prenant alors tout son sens.

J’espère que les collectivités et les élus continueront à soutenir la musique.


Tournage Clip LuneApache

7) Quels ont été les moments marquants, jusqu’alors, du parcours du label ?

Le label grandit tranquillement , d’années en années, et poursuit sa structuration. Je suis content de pouvoir désormais travailler avec un distributeur indé (Differ-Ant). Cela a été une étape importante fin 2018. Sur un plan plus personnel, le jour où j’ai entendu Etienne Daho citer le label sur France Inter, en parlant de LuneApache, j’ai été assez ému. Mais j’attends toujours qu’on franchisse un cap en termes de notoriété.

8) Es-tu « seul maître à bord » ou y’a t-il autour de toi une équipe oeuvrant de pair à l’avancée de Toolong ?

Je suis seul pour tout coordonner, ce qui est un avantage en termes de réactivité, mais a ses limites en termes d’efficacité car toute activité est vite chronophage, et je dois partager mon temps entre l’administration, la communication, la production et aussi la direction artistique. Sans parler des activités périphériques, comme la recherche de dates ou le management de groupes.

J’ai donc du apprendre à dire non, quitte à mettre des côtés des projets que j’adorais. Cela a été le cas récemment avec le prochain album des Jim Younger Spirit, un magnifique disque de rock psyché, hyper ambitieux, sur lequel je m’étais engagé. J’ai finalement du y renoncer faute de temps. Dur !

Cela dit, je n’hésite plus à demander de l’aide auprès des groupes.

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