Butch McKoy “The Sick Rose” (12 juin 2020, Les Editions Miliani/Bruit Blanc).

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Actif en solo, en duo ou encore en trio, impliqué dans divers projets d’un grand intérêt, Butch MCKoy sort avec The Sick Rose son nouvel album. Il y est épaulé par LIONEL NAUDON (Bass / Drums / Organ) et JULIEN GB (Keyboards / Sound engineer). Façonné à la foudre mystiquement fervente d’un Wovenhand, à la classe vénéneuse d’un Nick Cave ou encore à la fontaine Swans pour le débit obscur et les touches sonores de choix (My blues), le disque, je n’irai par quatre chemins pour le dire, est une perle. Spring, orageux, amène l’auditeur en un terrain pour lui inédit, d’une retenue aux airs de tempête latente. Le chant, mazette, est d’une envergure renversante. Dans une majesté tendue, le début excelle et n’ayez crainte, on est là en présence d’un trio qui ne cède en rien à la facilité. A dream, poussé par la même force mystique, par une impulsivité qui, bridée avec adresse, marche sur un fil, renvoie à son tour et avec le concours de guitares rudes une intensité ébouriffante. L’éponyme The sick rose, tourbillon sonore sans appel, conjugue puissance et prestance. Le nouveau “méfait” de McKoy est de ceux qui, alors que son mitan n’est pas même atteint, passionnent. Notre homme y a mis ses tripes, déversé son âme. Il y fait feu de tout mot, assène ses notes et émotions sans filtre, si ce n’est celui de la vérité. Sa voix grave, chaude et obscure, impressionne. Passé le My blues cité plus haut, Buried enterre les éventuels récalcitrants. Ses coups de sang, son panache sonore et tons bluesy en font une pépite…de plus sur un album qui ne contient que ça.

The Sick Rose frappe fort. Fiévreux, incantatoire, il s’élève dans les cieux quand arrive Last breath. Mais gare, on est dans un ciel peu serein, enclin, on le sent, à se griser et se laisser lacérer. La batterie l’y amène: la débauche, d’une classe confondante, survient. Les climats, ici, se montrent pertinents dans leur diversité, dans leur versatilité même. A little girl lost, apaisé, dompte les éclairs. Dans cette option fine, Butch est tout autant à son affaire. On entend, cependant, l’azur se teinter d’obscur. La demi-teinte lui va…au teint, à ce Butch, et sert largement l’intérêt de son album.

Sleep, loin de nous assoupir, chante un folk mystique découpé dans l’étoffe d’un groupe aux productions d’artisan du terroir, concoctées avec passion et le savoir-faire de ceux qui, depuis belle lurette, nous font don de pièces majeures. Le morceau s’emporte, la température monte, le décor gronde. Under leaves so green, d’un blues à la voix remarquable, libère soudainement les décibels. Qu’il est bon, le Butch, dans ces écarts qui jamais ne vont nulle part. Que d’allure elle a, cette rose malade. Qui s’y frotte s’y pique, certes, mais c’est bien pour ça qu’on s’entiche de l’opus, fougueux, offensif, racé. Close, son ultime merveille sous-tendue, sonne comme un geyser sonique. D’accalmies splendides en explosions sans compassion, elle termine dans des nuances saisissantes une rondelle de cuvée supérieure.

L’chant n’est pas conseillé, il est pour le coup impératif. Passer à côté de The Sick Rose, ne pas la cueillir, reviendrait tout simplement à se priver d’un des disques les plus marquants de cette première moitié d’année.

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