Marie Klock “Marie Klock” (8 mai 2020, Les Disques de la Face Cachée).

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Les Disques de la Face Cachée, “qu’est ce qu’y a d’bien” avec eux, c’est que justement, il nous dévoilent..la face cachée. Celle qui ose, qui oeuvre dans l’ombre, son royaume de création. Celle qui finira sur la face C, car trop singulière pour le A et le B. Celle qui passionne parce que le déjà vu, c’est pas son truc. Avec Marie Klock et ses histoires délirantes, réunies sur ce vinyl jaune poussin (superbe), on tient quelqu’un qui fait pas du bousin et qui, de plus, a grandi en Lorraine, dans la grisaille, entre mines et bunkers. Ca forge son homme, ça! Ou plutôt sa femme, dans le cas qui nous intéresse. Elle en tire un goût prononcé pour le chômage, le suicide et le tuning. Fort de ces infos déterminantes, qui changeraient la vie de tout zicos investi, je me rue sur son album à la pochette étatique, oups pardon extatique. Hum c’est pas ça non plus, regardez-là et vous “verrez” ce que je veux dire. L’essentiel restant le son, le verbe et là, patatras!, voilà qu’on tombe la tête la première dans la marmite à délires de Marie. Entre lo-fi dont on trouve pas les failles, chanson à la con vraiment pas con et corrosion textuelle récurrente, subversion non déguisée, la Dame nous en met plein…la vue.

Intro, déjà intrigant, lance les festivités. Elégant, il n’augure que très peu de la déjante qui va suivre. Il débouche sur J’ai un problème avec les détails, électro légère en mode pop, moqueur et pourtant tellement vrai dans ce qu’il dit. Et bim, voilà un premier jet qui déjà nous rend in love. J’ai d’ailleurs une soutenance prévue en novembre, s’agit surtout de pas déglutir au moment clé (et de rectifier mes ourlets). Bon, ce n’est qu’un détail et Sexe de brume, où le synthé à 49 boules de Marie Klock lâche à nouveau des salves aériennes, pulse et virevolte. Ici, on part en couilles et on parle de cul, on prend des virages grammaticaux osés mais on le fait dans la plus grande des cohérences. Le rendu est tout bonnement excellent. C’est d’la poésie Bibi, peut-être pas du Flaubert mais c’est diablement bien écrit et imaginé.

Inutile (pas d’accord), synthés joliets et vocaux en duo à l’appui, fait déraper le registre chanson. Tant mieux, ça met de la vie dans le créneau. Et puis, y’a cette ironie tellement adroite dans le mot, tellement frontale en même temps, absolument délicieuse, qui jalonne le bousin. On s’en délecte, c’est vraiment pas d’la merde, pour faire un clin d’oeil aux écrits de Marie. La péniche secrète, avec un penchant céleste alerte, instaure une simplicité décisive, doublée d’une sacré talent de rédaction. C’est aussi bon qu’une part de tarte al’badré (spécialité de ma région; et oui, je place l’encart pub ni vu ni connu Lulu!), Crise d’angoisse à la foire aux synthés se base lui aussi sur des voix mélangées, sur une normalité mise à mal. Ca fait le plus grand bien. J’adore, je me félicite d’être entré en contact avec les messins de La Face Cachée. Leurs disques mettent des torgnoles à l’aseptisé, et puis ils filent l’envie de boire de l’anisé. Normal, ils sont enivrants. Le garçon froid, touchant et réfrigérant, suinte la désillusion. C’est l’époque qui veut ça, j’en suis sûr.

N’empêche que Marie, et c’est ça qu’est bon, se fout de la gueule du monde avec panache. C’est presque amical finalement, mais c’est sincère à bloc. Et la voix, ses expressions expressives (Berceuse de Michel, que n’importe quel auditeur un tant soit peu attentif saisira), sont déterminantes. Allo papa, y’a rien qui va. Mais musicalement c’est l’beau fixe mon ptit Félix! Passé cet épisode d’angoisse, Boule de seum va générer l’addiction. Pire que l’alcool! Il singe le creux des gens sans profondeur, sème des graines de jubilation et déchaîne les passions. Quant aux synthés, sur des fondations simples, ils balourdent des nappes bien plaisantes. C’est la fin mais on n’a plus faim, on est repu. Solitaire (la meilleure des options?) achève, Allemand dans la langue en sa fin, un p+++++ (on sait jamais avec la censure; avec nos dirigeants dire du bien est mal..) de disque, tiré à 300 exemplaires sur lesquels je vous conseille instantanément de vous précipiter.

Bandcamp La Face Cachée